Lundi 15 décembre 2008 1 15 /12 /Déc /2008 11:42

Pour l'heure, ce blog restera en l'état, juste consacré à ce polar qui en donne le titre, et espacé de photos. Pour d'autres textes ( textes en prose, poésie, philosophie de l'imaginaire, politique, critique d'art), voir les liens.


Des archives ouvertes, donc, où tout commentaire reste bien sûr le bienvenu.

Merci aux rares visiteurs de passer un peu de temps à lire, ou mieux, à laisser une trace.


Par charp
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Samedi 30 août 2008 6 30 /08 /Août /2008 07:47

En pièces détachées - Roman policier

 

Chapitre I : Vertiges

Chapitre II : Le Prisciani's bar

Chapitre III : Sang et eau

Chapitre IV : Chutes

Chapitre V : L'appartement

Chapitre VI : La dispute

Chapitre VII : Une nouvelle vie

Chapitre VIII :Un suspect récalcitrant

Chapitre IX: Présentations

Chapitre X: Li Shang

Chapitre XI : L'impasse

Chapitre XII: L'équipe du capitaine Mathieu

Chapitre XIII: Le commissaire Lhermand

Chapitre XIV: Louis Forgeard

Chapitre XV: Un instant d'Eden

Chapitre XVI: Aveux

Chapitre XVII: Le chaos

Chapitre XVIII: Le temps des châtiments

Chapitre XIX: Le réveil

Chapitre XX:Destinées

Chapitre XXI: Secrets

Chapitre XXII: Dénouements

 

Photos

 

Par charp - Publié dans : En pièces détachées
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Vendredi 29 août 2008 5 29 /08 /Août /2008 21:47

Sommaire


- Non, Monsieur Valdes. Pas du miracle, mais de la science de démêler les noeuds. Anna est vivante, et l'on ne peut vous impliquer dans la mort de Lei, comme on l'a fait pour la sienne. Rudolph Marklay était déjà reconnu comme le coupable. La justice s'en contentera. Seules les manoeuvres du commissaire Legrand vous impliquaient dans cette affaire. Or, les enquêtes internes de la police française ont révélés les agissements peu scrupuleux de cet homme. Révélations gênantes qui pousse la police à clore au plus vite l'enquête sur sa mort et qui a encouragé le policier ayant tiré sur lui par mégarde à reconnaître ce que l'expertise balistique indiquait. Son chef étant devenu un criminel, il s'en faisait presque gloire. Quant au capitaine Matthieu et au lieutenant Mercier, sur foi du témoignage du capitaine Hansart, ils ont été déclaré morts en service, abattus par Maxell et ses lieutenants, Corto et Johnson. Ils seront enterrés avec tous les honneurs.

- Le capitaine Hansart? C'est lui qui a succédé à Matthieu?

- Il a été nommé ce matin même.

- Et il lui succède ... dans tous les domaines?

- En quelque sorte, oui, mais avec plus de mesure. Il a compris que nous avions plus intérêt à collaborer qu'à nous affronter, ajoute-t-il en jetant un regard vers Froncy qui blémit.

- Il reste Jérôme.

- Ce garçon de café qui travaillait pour Maxell? Il n'est pas mort. Il est sorti du coma, et vous a mis hors de cause.Vous voyez, les eaux se sont calmées d'elles-mêmes, monsieur Valdes. La surface d'un lac n'offre aucune résistance aux coups, mais elle n'en garde aucune trace. Sans doute la police aurait-elle encore certaines choses à vous reprocher, mais elle va l'oublier. Tout le monde veut tourner la page.

- Même pour la mort du commissaire Lhermand?

- Cela aurait pu être effectivement beaucoup plus difficile. Heureusement, des témoins ont vu sur les lieux du crime, quelques instants après sa mort, des individus que l'on a depuis identifiés comme étant Maxell et ses hommes. Coupables d'autant plus évidents qu'ils ne peuvent plus se défendre. Je sais que votre silence sur ce fait est le plus difficile à tenir, Monsieur Valdes. Mais la mémoire que votre ami laisse dans le souvenir des siens est tout ce qui le garde encore vivant. La vérité lui serait fatale.

- Disons que je préfère pour l’instant donner la priorité aux vivants. Et à ce propos, comme je suis toujours soucieux de la satisfaction du client, j'accorde une certaine attention à l'après-vente. Que comptez-vous faire de Claire et Anna, maintenant que je vous les ai, en quelque sorte, livrées?

- Tout se dénoue, monsieur Valdes. Les raisons que j'avais à les retrouver se sont presque toutes évanouies. Il reste juste la photo du Gongren Ribao, commence-t-il en regardant sa fille pour la première fois depuis qu'il est entré.

- Vous vous êtes donné ce mal pour rien, père, lui lance Anna avec un sourire ironique. Jusquà ce que M. Froncy en parle, j'ignorais qui était l'autre homme de cette photo.

- Mais vous m'aviez dit que.. commence Froncy en direction en Li.

- Silence, Monsieur Froncy. Il y a déjà eu trop de paroles sur cette affaire. Et bien, Anna?

- La voici, fait Anna en décollant la coupure de presse et en la lui donnant. Je suis trop heureuse de me débarrasser de l'unique photo que j'avais de vous, père.

Li, le visage tendu, semble sur le point de se lever.

- Comment avez-vous su qu'elle avait découvert cet article, Li?

Un temps. Anna soutient le regard de son père. Il finit par se retourner vers moi, avec un léger sourire indiquant qu'il a compris la raison réelle de mon intervention.

- Anna l'avait montré à Forgeard, et celui-ci, sans connaître le capitaine Matthieu, avait néanmoins deviné que je ne souhaitais pas que cette photo circule. Il avait obtenu mon consentement à son mariage avec Anna, en échange de la récupération du journal.

- Je vois. Mais vous n'aviez pas l'intention de céder au chantage, n'est-ce pas? Sachant désormais que c'était Forgeard qui cachait Anna, vous avez pu facilement découvrir son adresse. Et vous avez envoyé Lei pour la récupérer. N'ayant pas de nouvelles, vous êtes venu vous-même attendre, le lendemain matin, à la terrasse de l'Atmo O. Où vous avez vu arriver Forgeard, qui venait récupérer le journal.

- Très bien raisonné, Monsieur Valdes. Mais si je tenais tant à retrouver ma fille et sa mère, c'est aussi que je craignais que Forgeard cherchent encore à s'en servir contre moi. Forgeard est mort. C'est un autre noeud qui s'est défait. D'ici deux jours, je repars en Chine. Toute cette agitation a rendu ma présence ici plus difficile. D'autre part, je ne doute pas d'être appelé là-bas à de plus hautes fonctions, ma mission étant assurée de se terminer au mieux: les erreurs qu'il a commises rendront Monsieur Froncy très compréhensif envers nos exigences. Dans cette nouvelle situation, mon ancienne compagne occidentale et sa fille seraient plus encombrantes qu'utiles.

Il se lève.

- Je vous les laisse donc, Monsieur Valdes.

- Que voulez-vous dire, "Vous les lui laissez"? s'écrie Froncy.

- Cela veut dire que nous partons à l'instant, monsieur Froncy. Nous avons un rendez-vous aujourd'hui même avec le capitaine Hansart, pour régler certains détails techniques. Venez, ajoute-t-il en partant vers la porte.

Froncy hésite. il regarde Claire.

- Adieu, Jacques, lui dit-elle sans exprimer aucune émotion.

Un instant interdit, Froncy regarde autour de lui. Li l'attend sur le seuil. Il sort d'un pas furieux.

- Encore une dernière question, Li, fais-je alors que celui-ci s'apprêtait à le suivre. Pourquoi Forgeard et Legrand ont-il réalisé toute cette mise en scène pour me coller le meurtre d'Anna sur le dos?

- Forgeard? Il n'y est pour rien. Quant à Legrand, il a réagi comme on s'attendait à ce qu'il réagisse, en découvrant le corps et la mort de Marklay.

- "On", Monsieur Li? Qui est ce "on"?

Li me répond d'un regard.

- Adieu, Monsieur Valdes. J'ai été honoré de travailler avec vous.

Un long silence succède à son départ. Hélène et le majordome sont sortis derrière Li et Froncy. Il ne reste que nous trois. Je regarde Claire, abasourdi. sans comprendre. Elle a baissé la tête.

Elle finit par la lever. Ses yeux sont humides. Sa voix, si ferme jusqu'alors, est devenue tremblante:

- J'ai eu peur, Roland. Peur qu'il nous retrouve. Qu'il m'enlève ou me tue Annabelle, que je venais enfin de retrouver, après tant d'années. Je savais qu'il finirait par découvrir où je me cachais. J'étais comme une fugitive, prête à jeter n'importe quoi derrière elle pour ralentir l'avance de ses poursuivants. J'ai jeté le corps de Lei, j'ai jeté Marklay. Je t'ai jeté, toi, sans penser aux conséquences. Je ne voulais pas qu'il me reprenne ma fille.

 

 

 

On entend des portes qui claquent, des voitures qui démarrent. Tout est fini. Les rideaux sont à demi fermés dans l'avenue des Bauriers...

Je vide mon verre d'une traite et le dépose en passant sur la table basse.

Dehors, au pied du grand escalier, Hélène m'attend, debout, appuyée sur la Porsche noire.

- Je vous ramène, Valdes?

Sans rien dire, je monte dans la voiture qui démarre aussitôt. Elle s'arrête un instant, tandis que s'ouvre le portail automatique. Dans le rétroviseur, j'aperçois Anna, à la fenêtre, qui me regarde partir.

 

 

 

 

 

 

FIN

 

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Jeudi 28 août 2008 4 28 /08 /Août /2008 13:47
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Mercredi 27 août 2008 3 27 /08 /Août /2008 07:12

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Chapitre XXII

 

Dénouements

 

Pendant quelques minutes, le seul bruit que l'on entend dans la pièce est le whisky que se verse nerveusement Froncy, qui semble avoir toutes les peines à se trouver une contenance. Il devrait être de nous tous celui qui a le moins à craindre de Li, mais c'est lui qui tremble.

Anna, debout derrière un fauteuil, bras croisés, mains crispées, a peur elle aussi, de retrouver celui qui est plus un bourreau qu'un père, mais cette peur se noie dans la haine qui habite à présent son regard.

Claire est seule à être assise. Apparemment calme, le front orgueilleux, mais le regard lointain. A quoi pense-t-elle? A cet amant ancien qu'elle va revoir, au sort qu'il lui réserve? Ou à Froncy, dont elle vient d'apprendre qu'il l'a trompée, bien plus qu'elle ne l'a fait? A sa vie, qui va se jouer dans les minutes à venir? A sa fille Annabelle, qu'elle a retrouvée après tant d'années et que, peut-être, on vient lui reprendre? A ce destin obstiné qui sans cesse l'attire vers les profondeurs?

Soudain, la porte s'ouvre. Froncy sursaute, Anna se tend, Claire se lève lentement. C'est le majordome qui entre, se place droit comme un i à côté de la porte et annonce:

- Monsieur Zhao Wu!

Li entre lentement, seul, et jette un regard froid vers le majordome. Puis il regarde Froncy et dit, sur un ton de reproche:

- Je n'ai jamais compris pourquoi vous, occidentaux, exigez de vos serviteurs une pose qui exprime plus l'insolence que la soumission.

Froncy essaie de rire, mais ne produit qu'une sorte de petit cri nerveux.

- Bonjour Monsieur Valdes. Heureux de voir que vous allez bien. Vous avez été blessé lors de ces regrettables incidents, je crois?

- Par votre sympathique acolyte, Liang, qui aurait bien achevé le travail, s'il n'avait dû d'urgence procéder au rangement d'une étagère, fais-je.

Li pousse un soupir.

- J'ignorais que vous seriez dans l'entrepôt et je n'avais donné aucun ordre à votre égard. Liang, dont la fidélité et l'efficacité vont me manquer, n'a jamais été doué d'un très grand discernement.

Il s'assied dans le canapé, à la place que j'occupais, sans jeter un regard vers Anna ni Claire.

- Voulez-vous boire quelque chose, Monsieur Zhao? fait Claire, d'un ton sec, avec une légère ironie dans le regard.

Li lève les yeux vers elle, un regard terrible qui s'adoucit soudainement.

- Un whisky, lâche-t-il.

Aussitôt, Hélène s'approche et lui sert son verre. Il la regarde, avec une attention soutenue et méfiante. Puis, se retournant vers moi:

- Je suppose, Monsieur Valdes que, Monsieur Froncy vous a tout expliqué? J'ai remarqué chez lui un besoin de briller, qui va à l'encontre de la plus élémentaire prudence. L'homme intelligent sait et ne parle pas. L'homme vaniteux parle et ne sait pas.

- Il m'a presque tout dit, oui, fais-je en m'asseyant à mon tour dans le fauteuil qu'occupait Anna et en me servant un verre.

- Aucune importance, s'exclame Froncy en s'approchant de Li. Monsieur Valdes ne sera de toute manière bientôt plus en état de répéter ce qu'il a entendu, continue-t-il à mon adresse avec un sourire ironique, mais une voix tremblante.

- Monsieur Froncy, vous manquez d'imagination et d'équilibre, fait Li. La mort du commissaire Lhermand ne vous a pas suffi? Je vous avoue que cela m'a fort déplu d'apprendre que vous vous en soyez pris à un policier, et un policier de cette importance. Cela risque de compliquer nos affaires.

- Mais...

- Voyez-vous, le meurtre est une chose grave qui doit s'appliquer avec art et mesure.

- La dimension artistique et le sens de la mesure dans la petite sauterie de l'entrepôt m'avaient un peu échappé, dis-je en m'enfonçant dans le fauteuil.

- Situation différente, monsieur Valdes, me répond sèchement Li. On ne peut éteindre l'incendie qu'avec un souffle puissant. Un souffle hésitant l'attise. Nous étions entre combattants, et la guerre se gagne par surprise. L'incendie éteint, toutes choses reprennent leur cours, et l'homme intelligent triomphe bien plus souvent en s'abstenant d'agir qu'en cherchant la gloire. Celui qui sait marcher ne laisse pas de traces.

- Ou tout au plus la fumée d'un cigare...

Il me regarde étonné, et légèrement amusé.

- Raison de plus pour effacer ce Valdes, Li, fait Froncy. Ne comprenez-vous pas qu'une fois sorti d'ici, il ira aussitôt nous dénoncer, par vengeance ou pour sauver sa peau? Il me semble que c'est vous qui manquez de prudence!

- Vous faites erreur, Monsieur Froncy. Vous cherchez la force en allant vers les sommets. Je la trouve en suivant les vallées. Je sais que monsieur Valdes est un homme intelligent. Il sait que la vraie puissance gît dans la quiétude, et n'aspire qu'à la retrouver.

- Peut-être, fais-je, mais quelque chose risque de m'en empêcher.

- Quoi donc, Monsieur Valdes?

- Je suis recherché pour quatre ou cinq meurtres par toutes les polices du pays. Je doute qu'elle aient l'amabilité de respecter ma quiétude.

- Quatre ou cinq meurtres, dites-vous, Monsieur Valdes?

- Votre fille, le commissaire Legrand, le capitaine Matthieu et Jérôme, le serveur du Prisciani. Et je ne serais pas surpris que l'on m'ait mis la mort du lieutenant Mercier sur le dos.

- Monsieur Valdes, je vous ai engagé pour une mission: retrouver l'assassin de ma fille...

- Sans me dire que celle que je croyais votre fille est justement celle que vous appelez l'assassin.

- Li t'a engagé? fait Claire, qui s'était pendant ce temps rapprochée d'Anna. C'est une plaisanterie?

- Non, Claire. Monsieur Li paie bien. Et je croyais nos buts assez proches. Moi aussi, je voulais retrouver l'assassin d'Anna!

Entre Claire et moi s'échangent des regards mêlés de reproches et de regrets. Elle reste immobile, la tête haute, mais je sens dans ses yeux sa résistance qui flanche. Je me retourne vers Li:

- De toutes manières, je n'ai pas rempli mon contrat. C'est ton mari qui a amené Li ici, fais-je en regardant Froncy qui s'est reculé vers la fenêtre.

- Sans vous, je n'aurais pas connu la présence de Maxell, Monsieur Valdes, intervient Li, et je n'aurais pas suivi Monsieur Froncy. Vous avez fait ce que vous pouviez, sans me trahir ni vous mettre sur ma route. Et vous m'avez beaucoup aidé, même si c'est parfois involontairement. Je tiens donc à respecter ma parole. Je n'ai naturellement pas une telle somme sur moi, mais mon secrétaire la déposera dès demain à votre bureau.

- Mon bureau?

- Votre appartement est aussi le bureau de votre agence de détective, me semble-t-il?

- C'est surtout devenu un ticket d'entrée gratuit pour la prison à perpétuité.

- Votre rétribution comportait une autre partie..

- Je sais, oui, mon innocence. Malheureusement, je crois qu'elle est devenue hors de prix et relève plus du miracle que du commerce.

(à suivre)

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Mardi 26 août 2008 2 26 /08 /Août /2008 13:46
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Lundi 25 août 2008 1 25 /08 /Août /2008 23:11

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- Que dis-tu? Lhermand a été tué? Par Jacques?

Je ne sais pas ce qui bouleverse le plus Claire: que j'ai perdu mon meilleur ami, ou que l'homme qui l'avait, croyait-elle, sortie du milieu des malfrats n'était lui-même qu'un vulgaire assassin?

Je suis au moins sûr que ce n'est pas la mort de Lhermand. Ces deux-là, qui s'étaient peu rencontrés, ne s'aimaient guère. Lhermand était convaincu que Claire était seule responsable de ma démission forcée, et donc de notre collaboration professionnelle, qu'il voyait comme un âge d'or disparu. Quant à Claire, elle considérait, non sans raison, que c'était Lhermand qui m'avait interdit de la revoir avant la fin de l'enquête sur la mort de Luciano, l'obligeant à chercher protection auprès d'un Jacques Froncy. En quelque sorte, chacun estimait que l'autre avait gâché sa vie.

- Vous vous trompez, Valdes, fait nerveusement Froncy. Vous racontez n'importe quoi! Où allez-vous chercher une pareille ineptie?

Je me rends compte que ma conviction repose sur des éléments fort légers, ou des témoins morts. Il ne me reste qu'à bluffer.

- Vous avez abattu Lhermand au "22 septembre", au moment même où Maxell et ses hommes arrivaient pour le rencontrer. L'un d'eux, qui a échappé à la tuerie de l'entrepôt, vous a vu vous engouffrer dans votre voiture, Froncy. Et il est prêt à en témoigner. D'autant que l'on a trouvé sur lui un papier où il était inscrit que Lhermand agissait en votre nom.

Le bluff a marché: Froncy ne répond rien. Il croise le regard , mélangé de colère et de mépris de Claire, et va s'écrouler dans un fauteuil.

- Pendant que vous nous baladiez dans les grande avenues du commerce international, j'ai cherché à comprendre ce qui a pu se passer. Je pense avoir saisi l'essentiel, mais il reste certaines questions. Quand je me suis échappé, après la mort de Legrand, Lhermand m'a dit qu'il m'avait cherché partout. J'imagine qu'il est aussi allé chez vous, espérant y trouver Claire. Là, il a sans doute découvert qu'elle avait disparu le jour même de la "mort" d'Anna. Convaincu qu'elle savait quelque chose, et sachant les hommes de Maxell dans le coup, il a contacté Maxell, par Jérôme. Pour lui proposer un échange. Mais je ne sais pas quel échange. Ni pourquoi, après l'avoir chargé d'agir en votre nom, vous avez décidé de l'abattre.

Froncy me regarde. Il a digéré le coup, et repris un peu de son arrogance. Il se lève et vient vers moi. Anna et Claire se sont assises toutes les deux dans le canapé, et se parlent discrètement

 

- Bravo, Valdes, vous n'avez commis aucune erreur. Il a en effet compris que Claire était mêlée à cette affaire, et ignorant que je l'étais aussi, m'a tout raconté. Je lui ai dit que j'étais prêt à tout pour retrouver ma femme, et donc à contacter les hommes de Maxell.

- Vous étiez plutôt prêt à tout pour contacter Maxell, y compris retrouver votre femme. Pour "faire jouer la concurrence".

- Je vois que le métier rentre, fait Froncy, avec un sourire un peu forcé. Que ce soit pour empêcher le transfert ou le faire à leur profit, les Américains étaient prêts à payer beaucoup. Lhermand craignait que les hommes de Maxell ne soient méfiants, et ne pensent qu'il agisse pour votre compte. J'ai donc rédigé le papier que vous évoquiez. Mais le lendemain, il m'a retéléphoné, alors que j'étais devant l'épicerie de Li.

- Pourquoi espionniez-vous Li?

- Je voulais savoir avec qui Li était en contact. Le rôle de Forgeard, je ne l'ai appris qu'hier, par Li lui-même. Quand je vous ai vu sortir avec cette fille, j'ai pensé que vous étiez des concurrents.

- Et vous nous avez suivis, dans l'intention d'éliminer la concurrence. Vous avez décidément le sens des affaires chevillé au corps.

- Nous en sommes tous là, Valdes. Le capitaine Mathieu faisait surveiller Forgeard pour les mêmes raisons, et par un groupe un peu en marge des services afin de ne pas alerter sa hiérarchie.

- Que disait Lhermand au téléphone?

- Qu'il avait désormais un moyen d'échange avec Maxell.

- Lequel?

- Il m'a juste dit qu'il avait obtenu durant la nuit des renseignements qui intéresseraient Maxell, et puis il a raccroché.

Cette fois, c'est à moi d'encaisser. Je tourne le dos à Froncy, à Claire, à Anna. Je marche lentement. J'aimerais ne pas y croire. Quand j'ai compris tout à l'heure que "F" était Froncy et non Forgeard, je me suis senti rassuré: Lhermand n'était pas un "pourri", comme j'avais commencé à le craindre après les révélations de Johnson. Mais je me rends compte à présent que j'aurais préféré cela. Lhermand s'apprêtait à raconter à Maxell tout ce que je lui avais révélé. Il allait lui livrer Nicole et son groupe. Je n'aurais pu imaginer que le rejet qu'il manifestait pour elle irait jusque là. Il ne lui avait pas pardonné son mépris, qui avait réveillé en lui toute l'amertume d'une vie. Et il allait l'échanger contre Claire. Avec ce que je lui avait dit, et ce qu'il savait, il devait avoir deviné que Froncy trempait dans cette affaire. Il allait lui livrer Claire comme il allait livrer Nicole et ses hommes à Maxell. Il réglait ses comptes. Sans pitié. Tandis que je pense cela, j'atteins la fenêtre du salon. Je repense à cette dernière soirée avec Lhermand, à cette amertume dans laquelle il étouffait.Je n'avais pas deviné jusqu'à quel point. Je regarde ce ciel d'hiver, si lourd, si opaque. Si amer et si orgueilleux. C'est à peine si j'entends Froncy qui continue.

- Je craignais qu'il n'ait découvert quelque chose à mon sujet. D'autre part, quelque chose avait changé depuis la veille: je n'avais plus besoin de lui. Jusqu'à sa venue chez moi, j'ignorais tout de cette affaire, et j'avais cru aux raisons données par Claire pour sa disparition. Ce n'était pas la première fois qu'elle partait ainsi, pour plusieurs semaines. Mais là, avec ce que m'avait appris Lhermand, tout changeait. Elle s'était cachée, elle avait fui. C'est seulement alors que je pensai à sa famille et que j'envoyai mon secrétaire à Chourcy pour faire des recherches. Dès le lendemain matin, il me téléphonait. Il venait d'apprendre que le père de Claire était mort depuis six mois. Je compris aussitôt que Claire et Maxell s'étaient réfugiés ici. Je pouvais donc contacter Maxell directement. J'ignorais que Forgeard m'avait devancé. Ce petit morveux m'aurait coupé l'herbe sous le pied, s'il ne s'était comporté comme un débutant et ne s'était laissé stupidement suivre par les hommes de Li en allant rencontrer Maxell. Encore un qui s'est cru plus malin qu'il ne l'était. C'est l'évocation de la bêtise de Forgeard qui vous fait sourire, Monsieur Valdes?

- Ce qui me fait sourire, c'est le rapport entre ce que vous venez de dire et ce que je vois là-bas, dis-je en regardant vers les grilles.

Froncy se précipite vers la fenêtre. Anna s'est brutalement levée. Claire n'a pas bougé.

- Li! s'écrie Froncy en voyant trois voitures s'arrêter devant le grand escalier. Mais comment a-t-il pu...

Sa phrase s'interrompt lorsqu'il croise mon regard.

(à suivre)

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Dimanche 24 août 2008 7 24 /08 /Août /2008 13:42
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Samedi 23 août 2008 6 23 /08 /Août /2008 16:09

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Chapitre XXI

 

Secrets

 

"Lhermand agit en mon nom. F." F comme Froncy...

- Vos affaires, Monsieur Froncy, concernent-elles les supraconducteurs? fais-je avec une colère mal contenue.

Claire me regarde, stupéfaite, ne comprenant rien à de telles questions, à un tel ton, tellement déplacés par rapport à ce qui s'est dit quelques instants auparavant. Froncy s'est figé. Il me regarde longuement, le temps sans doute d'évaluer l'intérêt de poursuivre ses mensonges. La sûreté de mon expression le convainc de quitter le rôle d'homme au grand coeur qu'il s'était construit avant d'entrer. Son ton s'est fait cassant, ses gestes crispés.

- Entre autres, monsieur Valdes. Ma société est indirectement associée à Conectus, le consortium européen pour l'utilisation de la supraconductivité. C'est bien cela que vous vouliez savoir?

- De quel côté êtes-vous, monsieur Froncy?

- Je suis un homme d'affaires, Monsieur Valdes. Je suis toujours du côté du plus offrant.

- Mais de quoi parlez-vous, intervient Claire?

- Cela veut dire, ma belle, dis-je sans quitter Froncy des yeux, que tu as épousé monsieur en espérant qu'il te sorte du milieu criminel, alors qu'il t'y mène en plein coeur. D'ailleurs, pour te rencontrer, ne devait-il pas le fréquenter, ce milieu? N'est-ce pas, Froncy?

- Vous exagérez, Valdes. Certes, à l'époque où je rencontrai Claire, j'étais comme beaucoup de mes amis, j'aimais jouer au voyou. Mais l'âge m'a ramené au sens des affaires.

- C'est-à-dire à continuer à jouer au voyou, mais en plus grand. Et vous vendez des secrets industriels à la Chine?

- Ce sont les aléas de la politique et des stratégies qui déterminent ce qui est un "secret" ou non. Ce n'est pas de mon ressort. Nous, nous fabriquons des produits, nous obtenons des brevets. Et nous les vendons. Légalement si possible, et sinon...

- Vous étiez en contact avec le capitaine Matthieu?

- Pas vraiment. Nos trajectoires étaient plutôt parallèles. Il jouait un peu le même rôle que moi, mais pour le compte de l'Etat français. Il était en contact avec le 10e bureau du Guoangbu, les services secrets chinois.

- L'Etat français vend ses propres secrets à la Chine?, fait Anna.

- La collaboration scientifique entre la Chine et la France est très importante, mademoiselle, répond Froncy en se tournant vers elle. La Chine a besoin de développer rapidement les techniques de pointe pour soutenir sa forte croissance. La France est l'un des pays les plus avancés en ce domaine. Mais elle n'a pas les mêmes moyens de persuasion, la même puissance économique et militaire que les États-Unis. Elle doit donc se montrer plus conciliante en matière de transferts de connaissance. Même si officiellement, certaines recherches, telles celles que mène, en collaboration avec le CNRS, mon entreprise, en sont exclues, car leurs conséquences militaires et économiques sont considérables. Notez que cela sert moins à tromper certains alliés, qui se doute d'autant plus de ces transferts qu'ils les pratiquent parfois eux-mêmes, que des entreprises françaises qui pourraient souffrir de la concurrence chinoise.

- Mais justement, votre entreprise serait une des premières victimes de cette concurrence! s'exclame Anna, apparemment intéressée par ce cours improvisé d'économie.

- A long terme, oui, répond Froncy. Mais les actionnaires sont toujours pressés d'avoir des résultats rapides. Nous vivons de plus en plus dans le court terme financier, et de moins en moins dans le long terme industriel. Ce trafic de brevets est très avantageux pour des hommes d'affaires comme moi, et permettent d'obtenir, en plus de belles commissions pour les intermédiaires comme l'était le capitaine Mathieu, de nouvelles parts de marché en Chine pour l'Etat français et les sociétés qu'il promeut.

- Et Forgeard? fais-je.

- Le caractère aventureux et secret de ce genre d'affaires, déclare Froncy, légèrement agacé d'avoir à quitter les hautes sphères politiques où il avait emmené Anna pour s'occuper d'un petit criminel sans envergure, fait que les branches parallèles du commerce international, les mafias si vous préférez, sont très utiles pour servir d'intermédiaires. Le caractère très rémunérateur de ces échanges a naturellement attiré Forgeard.

- En quelque sorte, l'Etat, les industriels et la mafia se font concurrence pour vendre les secrets industriels à La Chine.

- Vous pouvez le voir comme cela, Valdes. Et de même, une certaine concurrence existe en Chine entre les services d'Etat, comme le 10e bureau, des individus du genre de Monsieur Li ou des responsables économiques régionaux. Quoique les frontières entre ces secteurs sont encore moins nettes là-bas qu'ici. Parfois ces concurrences alternent avec des collaborations très fructueuses. Ce qui fut le cas il y a plus de dix ans entre Li, lorsqu'il était en Chine, et Mathieu, qui n'était alors que lieutenant. Seulement, de telles collaborations doivent rester particulièrement secrètes. Quand je disais que Matthieu travaillait pour l'Etat français, il serait plus juste de dire qu'il travaillait pour certains responsables de l'Etat français. D'autres, y compris dans sa hiérarchie, étant au contraire très attachés à protéger les secrets industriels. Toujours l'opposition entre long et court terme, fait-il en se retournant vers Anna. Ce genre d'informations, comme la photo du Gongren Ribao les montrant tous les deux, risquait de dévoiler les vraies activités de Matthieu à sa hiérarchie. Pour votre père, le danger venait du 10e bureau: il ne voulait pas que ce dernier se mêle de trop près à ses activités. D'ailleurs, lui et Matthieu ont rapidement cessé tout contact, fait-il en revenant vers moi. Au point que le capitaine ignorait, jusqu'à ce qu'ils obtiennent, grâce à vous, des informations sur l'épicier Li, que celui-ci et Zhao Wu était une seule et même personne. Anciens collaborateurs, ils étaient devenus concurrents.

- Excusez-moi si je m'y perds un peu dans vos toiles d'araignées, mais vous ne vous égarez pas parfois vous-mêmes, dans ces lignes concurrentes où alliés et adversaires sont sans cesse interchangeables?

- L'échange est le coeur du commerce, monsieur Valdes, et les alliances se vendent comme le reste. Notre boussole est notre intérêt.

- Et le Nord qu'indique votre boussole, c'est Li?

- Pour l'instant, oui. Quand, il y a de cela près de dix ans, Li a appris que son ancienne amante française avait épousé un industriel lié aux recherches sur les supraconducteurs, il a tout de suite compris les avantages qu'il pourrait en tirer, et est venu en France avec sa fille, Anna. Mais Li est un homme prudent, qui n'aime pas dépendre d'une seule personne, et il a donc pris aussi contact avec Forgeard. Dans les affaires, il faut toujours faire jouer la concurrence, conclut-il en souriant à l'adresse d'Anna.

- Le désir de Louis de m'épouser, fait Anna, cela faisait aussi partie de ces ... échanges commerciaux?

- En quelque sorte, oui, fait Froncy avec un sourire des plus aimables et un regard enveloppant vers Anna, qui ne semble pas insensible à l'intelligence et l'habileté sous laquelle il se dépeint. Forgeard savait que Li était en contact avec moi. Et contrairement à ce qu'il vous a dit, il semble qu'il ait rapidement découvert qui était votre mère. Quand il s'est rendu compte qu'il allait être mis à l'écart par Li, qui n'avait plus aucune confiance en lui, il a cru que s'il se mariait avec celle qui était à la fois la fille de Li et ma belle-fille, il pourrait se maintenir dans la partie. Votre disparition a anéanti ses espoirs.

La question que je voulais poser depuis que j'ai compris que Froncy était l'homme à la Porsche, mais que je retenais jusqu'alors, soucieux d'avoir autant d'informations que possible, me brûle subitement les lèvres

- Et Lhermand? fais-je enfin. Pourquoi l'avez-vous tué?

Froncy se fige. Il avait cru que je ne connaissais que son implication dans le trafic, sa complicité avec Li. A voir son visage se décomposer quand je lui pose cette question, il est évident qu'il croyait que personne ne pouvait deviner son rôle dans la mort de Lhermand. Anna me regarde, stupéfaite. Claire, qui s'était rassise et avait suivi distraitement notre conversation, prise qu'elle était dans ses propres pensées, se relève brutalement.

(à suivre)

Par charp - Publié dans : En pièces détachées - Communauté : SOIF DE LIRE...
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Vendredi 22 août 2008 5 22 /08 /Août /2008 10:39
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