- Toi? Mais comment...
- Je vais t'expliquer. Trois semaines auparavant, un Chinois, que j'avais contacté à mon retour des États-Unis, lorsque je cherchais Annabelle, est venu m'annoncer que Li était de retour en France, avec une jeune fille aux traits occidentaux. Je ne savais que faire. Je n'avais jamais parlé d'elle à toi ni à mon mari. Cet espoir était peut-être vain, je voulais pas inutilement avouer ce qui pouvait tout changer entre nous. Mais seule, je ne pouvais rien faire. Je décidai de contacter Maxell, par l'intermédiaire de Jérôme. Il m'envoya Corto et Johnson, qui découvrirent rapidement la fuite d'Annabelle. Nous la cherchâmes en vain, jusqu'à ce qu'un soir, Jérôme m'appelle: il y avait, parmi ses clients, une jeune fille qui correspondait à la description d'Annabelle, faite par diverses personnes contactées durant nos recherches.
- Et il t'a dit que le fils Forgeard était avec elle?
- Non, Jérôme n'a pu le reconnaître, ne l'ayant jamais vu. Rappelle-toi que Forgeard méprisait son fils et ne voulait jamais s'embarrasser de lui dans ses affaires. Malheureusement, ce soir-là, je ne pouvais rien faire. Jacques venait de revenir à l'improviste, pour une soirée, entre deux voyages, comme tu le sais. Je demandai donc à Jérôme de prendre soin d'Annabelle. Le lendemain, j'appelai Corto et Johnson à l'aube, dès le départ de Jacques, et je leur ai demandé d'aller la chercher immédiatement, et de me l'amener.
- Et tu savais que c'était à moi que Jérôme avait confié le soin de ramener Anna?
- Non. Tu n'étais pas encore au Prisciani, quand Jérôme m'a téléphoné. Je ne l'ai appris que le lendemain, en fin de matinée, quand je suis venue voir Jérôme, pour savoir ce qu'il comptait faire du corps de Lei.
- C'était donc, toi, sa mystérieuse visiteuse?
- Oui.
- Pourquoi t'es-tu cachée?
- Tu ne savais rien de ma fille ni de Maxell. Je comptais te contacter quelques jours plus tard. Mais tu as brusquement déménagé, sans laisser d'adresse, ajoute Claire avec un ton amer. Et je ne pouvais imaginer que tu t'installerais dans l'appartement d'Annabelle. Je ne l'ai su que trois semaines plus tard. Mais je n'ai pas cherché te contacter. J'étais furieuse de cet abandon, qui tombait si mal.
- Pouvais-je le deviner? J'étais las de nos chassés-croisés, Claire. Ainsi, tu t'es réfugiée ici? Mais ton mari connaissait cet endroit. Tu m'as dit qu'il t'avait connue dans ton adolescence
- Oui. Mais il connaissait aussi mes sentiments inchangés envers mon père. Celui-ci est mort il y a six mois, alors que mon mari était en voyage. J'ai donc pu régler les affaires de l'héritage discrètement.
- Il ne sait pas que tu es ici?
- Non. Je suis partie avec Annabelle, en lui laissant un mot, lui expliquant que je devais refaire le point sur ma vie, sur notre couple, que je partais quelques temps chez une amie, et que je lui ferais signe. Il va bien falloir à présent que je lui raconte tout.
- Inutile, ma chérie J'ai tout entendu, fait une voix derrière moi.
Je me retourne et découvre sur le seuil un homme d'un cinquantaine d'années, grand et mince, le front dégarni, l'allure élégante, presque précieuse. C'est la première fois que je vois, hormis certaines photos, le mari de Claire.
- Jacques? Mais comment as-tu...
- Je t'ai d'abord attendu, Claire, fait Froncy, en avançant vers elle, sur un ton égal. Depuis des semaines. Puis j'ai perdu patience, et je t'ai cherché. Lorsque j'ai appris que ton père était mort, je me suis douté que tu étais venue te réfugier ici.
Puis, se tournant vers moi:
- Monsieur Valdes, étant donné ce que j'ai entendu, j'aurais de très bonnes raisons de vous en vouloir. Mais, après tout ce qui s'est passé ces derniers temps, il serait mesquin de ma part de m'attarder sur cela. Après tout, j'ai trop longtemps mis les affaires avant mon couple, j'ai donc ma part de responsabilité. Quant à vous, Annabelle, ajoute-t-il en se tournant vers la jeune fille, si votre mère veut bien encore rester auprès de moi, je serais heureux de voir en vous ma fille.
- Merci, Jacques, fait Claire en se levant. Je sais que j'aurais dû te prévenir, te faire confiance mais...
- Je comprends, Claire. Ce n'était pas facile. Mais tu sais à présent que tu peux compter sur moi. La décision te revient. S'il faut que je m'efface, ajoute-t-il en regardant de mon côté, je m'effacerai...
- Je... ne sais pas, Jacques, répond Claire. Ta générosité me touche, je l'avoue, mais..
- Tu ne m'as jamais vraiment aimé, je le sais. Et ce n'est toujours pas ce que je te demande. Je souhaite seulement que tu restes à mes côtés.
Nous regardons Claire, qui reste un long moment silencieuse, me regarde, et s'approche de son mari.
- Je suis désolée, Jacques, mais...
Elle est interrompue par l'entrée du domestique, Sylvain, qui remet une malette noire à Jacques Froncy.
- Voilà, Monsieur. Et j'ai rentré la Porsche au garage, ajoute-t-il fièrement.
Un frisson me parcourt le dos. Bien sûr, Froncy n'est pas le seul en France à avoir une Porsche, mais ...
- Une Porsche noire aux vitres fumées?
- Euh oui, monsieur, me répond Sylvain, avant de jeter un regard interrogateur vers Froncy.
(à
suivre)
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