Jeudi 21 août 2008 4 21 /08 /Août /2008 10:07

Sommaire

- Toi? Mais comment...

- Je vais t'expliquer. Trois semaines auparavant, un Chinois, que j'avais contacté à mon retour des États-Unis, lorsque je cherchais Annabelle, est venu m'annoncer que Li était de retour en France, avec une jeune fille aux traits occidentaux. Je ne savais que faire. Je n'avais jamais parlé d'elle à toi ni à mon mari. Cet espoir était peut-être vain, je voulais pas inutilement avouer ce qui pouvait tout changer entre nous. Mais seule, je ne pouvais rien faire. Je décidai de contacter Maxell, par l'intermédiaire de Jérôme. Il m'envoya Corto et Johnson, qui découvrirent rapidement la fuite d'Annabelle. Nous la cherchâmes en vain, jusqu'à ce qu'un soir, Jérôme m'appelle: il y avait, parmi ses clients, une jeune fille qui correspondait à la description d'Annabelle, faite par diverses personnes contactées durant nos recherches.

- Et il t'a dit que le fils Forgeard était avec elle?

- Non, Jérôme n'a pu le reconnaître, ne l'ayant jamais vu. Rappelle-toi que Forgeard méprisait son fils et ne voulait jamais s'embarrasser de lui dans ses affaires. Malheureusement, ce soir-là, je ne pouvais rien faire. Jacques venait de revenir à l'improviste, pour une soirée, entre deux voyages, comme tu le sais. Je demandai donc à Jérôme de prendre soin d'Annabelle. Le lendemain, j'appelai Corto et Johnson à l'aube, dès le départ de Jacques, et je leur ai demandé d'aller la chercher immédiatement, et de me l'amener.

- Et tu savais que c'était à moi que Jérôme avait confié le soin de ramener Anna?

- Non. Tu n'étais pas encore au Prisciani, quand Jérôme m'a téléphoné. Je ne l'ai appris que le lendemain, en fin de matinée, quand je suis venue voir Jérôme, pour savoir ce qu'il comptait faire du corps de Lei.

- C'était donc, toi, sa mystérieuse visiteuse?

- Oui.

- Pourquoi t'es-tu cachée?

- Tu ne savais rien de ma fille ni de Maxell. Je comptais te contacter quelques jours plus tard. Mais tu as brusquement déménagé, sans laisser d'adresse, ajoute Claire avec un ton amer. Et je ne pouvais imaginer que tu t'installerais dans l'appartement d'Annabelle. Je ne l'ai su que trois semaines plus tard. Mais je n'ai pas cherché te contacter. J'étais furieuse de cet abandon, qui tombait si mal.

- Pouvais-je le deviner? J'étais las de nos chassés-croisés, Claire. Ainsi, tu t'es réfugiée ici? Mais ton mari connaissait cet endroit. Tu m'as dit qu'il t'avait connue dans ton adolescence

- Oui. Mais il connaissait aussi mes sentiments inchangés envers mon père. Celui-ci est mort il y a six mois, alors que mon mari était en voyage. J'ai donc pu régler les affaires de l'héritage discrètement.

- Il ne sait pas que tu es ici?

- Non. Je suis partie avec Annabelle, en lui laissant un mot, lui expliquant que je devais refaire le point sur ma vie, sur notre couple, que je partais quelques temps chez une amie, et que je lui ferais signe. Il va bien falloir à présent que je lui raconte tout.

- Inutile, ma chérie J'ai tout entendu, fait une voix derrière moi.

Je me retourne et découvre sur le seuil un homme d'un cinquantaine d'années, grand et mince, le front dégarni, l'allure élégante, presque précieuse. C'est la première fois que je vois, hormis certaines photos, le mari de Claire.

- Jacques? Mais comment as-tu...

- Je t'ai d'abord attendu, Claire, fait Froncy, en avançant vers elle, sur un ton égal. Depuis des semaines. Puis j'ai perdu patience, et je t'ai cherché. Lorsque j'ai appris que ton père était mort, je me suis douté que tu étais venue te réfugier ici.

Puis, se tournant vers moi:

- Monsieur Valdes, étant donné ce que j'ai entendu, j'aurais de très bonnes raisons de vous en vouloir. Mais, après tout ce qui s'est passé ces derniers temps, il serait mesquin de ma part de m'attarder sur cela. Après tout, j'ai trop longtemps mis les affaires avant mon couple, j'ai donc ma part de responsabilité. Quant à vous, Annabelle, ajoute-t-il en se tournant vers la jeune fille, si votre mère veut bien encore rester auprès de moi, je serais heureux de voir en vous ma fille.

- Merci, Jacques, fait Claire en se levant. Je sais que j'aurais dû te prévenir, te faire confiance mais...

- Je comprends, Claire. Ce n'était pas facile. Mais tu sais à présent que tu peux compter sur moi. La décision te revient. S'il faut que je m'efface, ajoute-t-il en regardant de mon côté, je m'effacerai...

- Je... ne sais pas, Jacques, répond Claire. Ta générosité me touche, je l'avoue, mais..

- Tu ne m'as jamais vraiment aimé, je le sais. Et ce n'est toujours pas ce que je te demande. Je souhaite seulement que tu restes à mes côtés.

Nous regardons Claire, qui reste un long moment silencieuse, me regarde, et s'approche de son mari.

- Je suis désolée, Jacques, mais...

Elle est interrompue par l'entrée du domestique, Sylvain, qui remet une malette noire à Jacques Froncy.

- Voilà, Monsieur. Et j'ai rentré la Porsche au garage, ajoute-t-il fièrement.

Un frisson me parcourt le dos. Bien sûr, Froncy n'est pas le seul en France à avoir une Porsche, mais ...

- Une Porsche noire aux vitres fumées?

- Euh oui, monsieur, me répond Sylvain, avant de jeter un regard interrogateur vers Froncy.

(à suivre)

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Mercredi 20 août 2008 3 20 /08 /Août /2008 08:35
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Mardi 19 août 2008 2 19 /08 /Août /2008 13:06
Et comme je m'y attends, je découvre, devant une usine où se rassemblent différents officiels, deux hommes qui discutent, ignorant qu'ils sont photographiés: Li et un homme assez jeune, dans lequel je reconnais non sans mal le capitaine Mathieu. Je m'y attendais, mais cette confirmation est une déception. Car cette photo, loin de rien éclairer, ajoute aux énigmes de cette affaire. Mais Anna ne pourra m'aider sur ce point.

- Comment t'es-tu enfui de chez Li?

Reprenant, avec une tristesse à peine perceptible, l'album que je lui tends, Anna se rassied, et continue:

- Il y a environ quatre mois, mon père me présente à un jeune homme, toujours pour servir ses intérêts. Ce jeune homme, c'est Louis Forgeard. Son allure, sa jeunesse me changeait des hommes vieux et grossiers auxquels jusqu'alors me présentait mon père, tout en m'interdisant de céder à leurs avances. Je fus, sinon séduite, au moins allégée, rafraîchie. Louis avait quelque chose de touchant. Son père venait de mourir, lui laissant la conduite de ses affaires. Son rôle de caïd lui allait comme une chemise trop grande. Il changea le jeune homme insouciant et audacieux, drôle parfois, qu'il savait être en un personnage plein de morgue, maladroit et artificiel. Je l'ai aimé, au début. Puis ce ne fut plus qu'une amitié tendre. Je me racontai à lui, lui révélai mes envies de fuite, mon désir de retrouver cet homme de la photo et, par lui, peut-être, ma mère. Il faisait semblant de m'écouter mais se gardait bien de s'opposer à mon père. Pourtant, quelques temps plus tard, il me proposa de partir. Il avait trouvé un appartement pour moi, et s'offrait même à m'aider à chercher ma mère. Je n'en revenais pas. Je lui disais qu'il n'avait rien à attendre de moi, que je n'étais plus amoureuse, mais cela ne paraissait pas le gêner. Je m'enfuis avec lui et me cachai dans l'appartement que vous connaissez. Louis prétendit faire des recherches, mais cela ne donna aucun résultat. Un jour, il me téléphona. Il avait "plaidé ma cause" après de mon père, m'annonçait-il. Je ne lui avais jamais rien demandé de tel. Il ajoutait que celui-ci serait prêt à me pardonner, et à me donner le nom de ma mère, si j'épousais Louis. J'avais le sentiment d'avoir été trahie. J'exigeai de le voir le soir même, au Prisciani, tout près de chez moi. Ce qu'il présentait comme un acte chevaleresque pour me venir en aide, n'était qu'un vulgaire chantage: il me donnait le nom de ma mère si j'acceptais le mariage.

- C'était donc toi qui refusa le mariage ce soir-là?

Je repensais aux hypothèses de Jérôme, que j'avais prises pour argent comptant, sur la jeune fille séduite à qui on a promis le mariage...

- Et que s'est-il passé avec Lei?

- Comme je vous l'ai dit, elle ma réveillée et sortie du lit en me tirant par les cheveux, en m'insultant, en me frappant. Je me mis à me débattre. Je la frappais à l'aveugle, elle me griffait, me tordait le bras. Finalement, elle parvint à me renverser sur le lit, à me bloquer, et pris de rage, elle voulut m'étrangler. Si ma main à cet instant n'avait saisi un gros morceau de verre qui traînait dans le lit, je serais morte. Je la frappai sans viser. Elle me lâcha, et s'écroula sur le sol, le morceau de verre en travers de la gorge.

- Un morceau de verre dans le lit?

- Oui. Étrange, n'est-ce pas? fait Anna en souriant. Il provenait du petit miroir que je posais toujours sur ma table de nuit. Cette nuit-là, nous étions tellement, enfin...- elle jette un regard vers sa mère- vous vous souvenez?

- Peut-être, fais-je, tandis qu'un frisson me parcourt le dos. Je ne sais plus très bien.

- Pourtant, fait Claire, en me regardant, avec un large sourire et les yeux brillants, d'après ce que m'en a dit Anna, c'était mémorable.

- A vrai dire, reprend Anna, moi non plus je me rappelle pas très bien. Nous étions tellement ivres. Je n'ai même pas senti la blessure.

- La blessure?

- Oui. C'est seulement quand je me suis habillée que j'ai remarqué que j'avais une solide coupure au bas du dos. Je suppose que j'avais dû m'enfoncer le morceau de verre lors d'un mouvement brusque.

-Oui, fait Claire d'un air faussement détaché, je t'imagine bien te cabrant brutalement sous l'effet du plaisir, le drap qui se tend, ramenant le verre sous toi au moment où tu retombes, étourdie par la jouissance.

- Maman! fait Anna sur un faux ton réprobateur que contredit un large sourire, tandis que je m'enfonce dans les plis les plus obscurs de ma mémoire, incapable désormais d'y distinguer les fruits de la mémoire et du délire.

- Il y a une chose que je ne comprends pas, fais-je, voulant sortir au plus vite de ces pensées. Cette bagarre a duré un certain temps, apparemment. Pourquoi Corto et Johnson ne sont-ils pas intervenus?

- Je n'avais guère eu l'occasion de leur ouvrir!

- Ils n'ont pas forcé la porte?

- Non. Ils devaient s'attendre à ce que je sois seule. Ils n'ont su que faire en entendant les cris et les bruits de bagarre, qui ont commencé à l'instant où ils arrivaient. Ce n'est que lorsque le silence est revenu et qu'il durait, qu'ils se sont décidés à sonner.

- Et tu leur as ouvert? Tu les connaissais donc?

- Non. Je ne leur ai pas ouvert tout de suite. J'étais paniquée, immobile, devant le cadavre de Lei, ses yeux exorbités, le sang qui se répandait sur le sol. Je ne me suis décidée à leur ouvrir que parce qu'ils disaient venir de la part de ma mère, et surtout parce qu'ils m'appelaient "Annabelle". Je savais que c'était mon prénom de baptême, mais personne, et surtout pas mon père, ne m'avait jamais appelé ainsi. Ils rentrèrent, découvrirent le cadavre, appelèrent aussitôt Jérôme qui leur conseilla d'emballer le cadavre dans un drap et de le jeter par la fenêtre. Ils avaient vu Forgeard à la terrasse de l'Atmo O. Corto me passa un manteau et son chapeau, pour qu'il ne me reconnaisse pas.

- Mais il les a reconnus, eux. Qui les avait envoyé?

- C'est moi, fait Claire.

(à suivre)

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Lundi 18 août 2008 1 18 /08 /Août /2008 00:00
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Dimanche 17 août 2008 7 17 /08 /Août /2008 21:04

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Anna s'est enfoncée dans le fauteuil. A-t-elle eu les mêmes pensées que moi? Elle me regarde d'un air mi-coquin mi-gênée, avant de lancer à sa mère:

- Je te le laisse.

Claire sourit, avant de prendre un air plus sombre, où se dévoile une légère tristesse.

 

- L'histoire commence ici, dans cette maison, fait Claire. Ici où je suis née.

- Ici?

- Oui, Roland. Je suis la fille d'Octave Laurentis, un financier sans scrupules, médiocre mais ambitieux, qui est parvenu je ne sais comment à obtenir le titre de baron. Je le haïssais, comme je haïssais le monde aseptisé et ennuyeux de ma mère, une grande bourgeoise issue d'une famille de banquiers. Je ne voulais pas de cette petite place bien chaude,de cette vie clés en main qui m'était réservée depuis la naissance. J'étais une jeune file révoltée, comme tant d'autres de mon âge. Mais avec plus de volonté, d'obstination, et d'excès.

- Mais ce type, le barman de "L'arsenal", Robert Maurin, que tu m'a présenté comme ton père?

- Lui? Je le présentais tous comme mon père, car je ne voulais surtout pas que l'on sache mes vraies origines. C'était l'un de mes amants, l'une de ces bêtes vulgaires et formidables dans les bras desquels je me suis jetée dans mon adolescence pour crier ma colère contre mes parents. Le premier qui ait compté, celui qui m'a sorti de mon milieu, que j'ai suivi sans amour, mais affamée d'autres horizons. Enfin, ce que je croyais être des horizons. C'est lui qui a fait de moi une putain, et une droguée. Je ne demandais pas mieux. J'étais prête à tout pour effacer mon passé. Et j'aurais été effacée moi-même bien vite, si je n'avais eu un jour pour client un jeune étudiant chinois nommé Li Shang. Il était assez beau et remarquablement intelligent. Il m'a sorti des griffes de Robert, de la drogue, de la prostitution. Je le croyais amoureux. Nous avons eu un enfant, Annabelle. Mais bientôt, j'ai appris que Li était marié en Chine, qu'il avait déjà une fille, et qu'il était en mission en France.

- Pour la mafia chinoise ou pour les services secrets?

- Un peu les deux, sans doute. Je n'ai jamais su vraiment de quel côté il était. Lui non plus, je crois. Il était surtout de son propre côté. J'ai compris que nous ne vivrions pas ensemble, et qu'il ne cherchait qu'à m'utiliser, pour ses affaires. C'est ainsi que, voulant prendre contact avec la mafia américaine, il me jeta dans les bras de Maxell. Celui-ci fut sans doute, avec toi, le seul homme que j'ai vraiment aimé. Je lui racontai tout. Il m'enleva, un jour, et m'emmena aux États-Unis, me promettant qu'il récupérerait rapidement ma fille, qui avait deux ans alors. Mais peu après ma fuite, Li disparut avec Annabelle. Je revins en France avec Maxell, et les cherchai partout, en vain.

Je jette un oeil vers Anna, immobile dans son fauteuil, un larme hésitante à glisser du bord de la paupière.

- Soupçonné par la police française d'avoir trempé dans un règlement de compte, continue Claire, Maxell dût repartir aux États-Unis. Je refusai de l'accompagner, voulant continuer à chercher Annabelle. Il demanda à Luciano de m'aider, et de me protéger. Luciano m'aida peu, et me protégea de très près. Quand Maxell, lavé de tout soupçon, put revenir en France, trois ans plus tard, il était marié, et ne chercha pas à me reprendre. A la mort de Luciano, Maxell étant reparti en Amérique, toi qui ne pouvais me rencontrer à cause de l'enquête, et des soupçons qui pesaient sur toi, je me retrouvais seule, en butte à la vengeance des amis de Luciano. C'est alors que je rencontrai Jacques Froncy. Un jeune industriel ambitieux, que j'avais croisé quand j'étais adolescente, et que je n'eus guère de peine à séduire à nouveau. Avec lui, je retrouvais le milieu de mon enfance, mais j'y étais prête. J'étais lassée de ces truands, de cette violence, de ces tensons constantes. J'aspirais à la sécurité, au calme. Douze ans passèrent, que tu connais bien. Puis un jour... A toi de raconter, Annabelle. Un armagnac, s'il vous plaît, Marianne.

Je me tourne vers Anna. Elle a séché ses yeux mais son visage est fermé, comme si elle ne pouvait replonger qu'avec colère dans son passé.

- Durant toute mon enfance, en Chine, j'ai été méprisée, battue, humiliée par toute la famille Zhao - mon père s'appelle en réalité Zhao Wu. Je ne rêvais que d'une seule chose: fuir et retrouver ma vraie mère. Mon père ne m'en a jamais parlé, mais il m'avait fait suivre des cours de français, là-bas, et je me doutais dès lors qu'elle était française. Il y a de cela une dizaine d'années, sans me donner de raisons, nous partîmes en France. Dès notre arrivée, les rôles de Lei et de moi s'inversèrent. Mon père, voulant se servir de moi comme appât envers les petits caïds du milieu, prit soin de moi tandis qu'il négligeait Lei, lui laissant des taches dures et indignes, l'ignorant totalement. Le mépris que ma soeur avait auparavant pour moi se transforma en haine. De mon côté, je voulais absolument chercher ma mère. Mais tant que je vivais chez mon père, ces recherches furent presque impossibles. Il y a à peu près deux ans, l'employée de mon père, une veille cantonaise, Hui Ying, la seule personne qui me témoignait un peu de tendresse, me dit qu'elle avait vu, dans un journal chinois, une photo d'un homme qui ressemblait étrangement à mon père. Une photo prise à Foshan, alors que mon père n'était jamais retourné là-bas. C'était bien lui, mais avec quelques années en moins. Il y avait un occidental à ses côtés. Je me suis dit que peut-être cette photo était lié à notre départ précipité de Chine, que cet homme connaissait ma mère. Peut-être était-ce mon beau-père. Je n'avais aucune autre piste, j'étais prête à n'importe quel espoir. Je me suis mise à chercher d'autres indices dans ces journaux, mais en vain.

- Ce journal, c'est le Gongren Ribao?

- Comment le savez-vous?

- Tu les avais laissé à l'appartement. Sauf un article découpé, avec une photo. Tu as encore cet article ?

- Oui, ici même, me dit Anna, qui se lève brusquement, et va avec une précipitation enfantine vers l'armoire vitrée du fond du salon.

Elle en ramène un lourd album. Son visage a perdu toute la noirceur des minutes précédentes, et paraît presque joyeux. Elle dépose l'album sur mes genoux, et le feuillette à l'envers. Un album de photos anciennes , d'une Claire que je n'ai pas connu, ou que j'ai très bien connu. De la villa où nous sommes, de celui qui doit être le baron de Laurens, son grand-père. Des coupures de presse, où je retrouve Claire, surtout lors de la mort de Luciano. Des photos de France, il y a plus de 20 ans, lorsqu'Anna y vivait avec Claire. Un album qu'elle a dû remplir récemment, comme pour s'offrir a posteriori la vie familiale et le passé dont son père l'a privé. Des tas de petits morceaux de passé récoltés ci et là et rassemblés tant bien que mal, pour qu'ils ressemblent à des souvenirs.

- Ah, voilà, s'écrie-t-elle.

(à suivre)

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Samedi 16 août 2008 6 16 /08 /Août /2008 13:30
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Vendredi 15 août 2008 5 15 /08 /Août /2008 13:03

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Chapitre XX

 

Destinées

 

 

Cette fois, ce n'est pas dans le lit que je me réveille, mais dans le canapé du salon. Pendant un instant, je crois que la vision de tout à l'heure faisait encore partie des cauchemars de la nuit: en face de moi, dans une belle et longue robe noire, je croise le sourire un peu inquiet de Claire. Mais elle tourne la tête, et, suivant son regard, je découvre alors, dans l'ancienne robe bleue de Claire, mon apparition de tout à l'heure, mon fantôme: Anna. Souriante, épanouie dans cette robe à laquelle elle donne un naturel si lointain de l'ancien raffinement que lui donnait Claire.

Je me redresse aussitôt, ce dont ma blessure profite pour se rappeler à mon souvenir. Mais elle n'est plus qu'un détail insignifiant.

- Je suis désolée, Roland, commence Claire. Je voulais y aller progressivement et j'avais dit à Annabelle de ne pas rester ici. Mais elle était si impatiente de te voir, de te dire la vérité... Et puis, elle est aussi têtue que sa mère....

- Sa mère?

- Annabelle est ma fille, Roland.

Là, je pourrais m'évanouir encore. J'en aurais le droit. Mais je me dis qu'il ne faut pas abuser des bonnes choses. Je me contente donc de rester totalement silencieux, les regardant tour à tour. Certaines illusions, certains pressentiment me reviennent. Ces moments où les pensées glissaient si facilement de l'une à l'autre, alors qu'elles se ressemblent si peu. J'ai des tas de questions à poser, des tas d'énigmes qui font des noeuds douloureux dans mon esprit, mais qu'apaise le lent envahissement d'un sentiment de joie: Anna est vivante. Et je ne suis pas un assassin. Les images qui m'assaillirent dans la forêt n'étaient donc que le délire dû à la fièvre, au froid, à l'épuisement.

De toutes ces questions, une seule parvient à franchir mes lèvres.

- Pourrais-je avoir un double whisky?

- Et même un rusty nail, Roland, fait Claire avec un large sourire. J'ai demandé à Marianne d'en préparer. Je me doutais que ce serait ta première demande.

Et en effet, à ce moment, un plateau m'est glissé sous les yeux. Un plateau avec un double rusty nail et un bol de glaçons, garni d'une pince. Un plateau tenu par de grandes et belles mains noires.

- Deux glaçons, fais-je tout en jetant un nouveau regard vers Anna, comme pour m'assurer qu'elle n'a pas disparu durant ce quart de seconde où je l'ai quittée des yeux.

Le plateau n'est plus tenu que d'une main. L'autre a saisi la pince, et place les glaçons dans mon verre.

- Merci, fais-je, tout en jetant un regard distrait vers la domestique.

Je manque de renverser mon verre. "Je vais jouer à la domestique chez quelqu'un qui pourrait être lié à notre affaire"... En d'autres circonstances, ma surprise m'aurait trahi. Il est vrai qu'ici, je ne manque pas de bonnes raisons d'être surpris. Mais Claire a toujours été très attentive. Surtout à certaines choses. Elle a remarqué ma surprise.

- Jolie, n'est-ce pas?, fait-elle en souriant. Tu as raison, le décolleté que je lui ai choisi est peut-être un peu trop prononcé pour une dame de maison. Mais tu me connais, je n'ai pu m'empêcher de mettre en valeur une si généreuse beauté. Je ne suis pas surpris que tu l'aies remarquée, ajoute-t-elle d'un air canaille. Même en ces circonstances, appuie-t-elle.

Je souris, autant du malentendu que de ce que dit Claire et me retourne vers Anna.

- Anna, qui est mort dans l'appartement? Le corps découpé?

- C'est ma demi-soeur, Lei. La fille aînée de mon père.

- On m'avait pourtant dit que Li n'avait qu'une fille, dis-je en me rappelant les premières informations que m'avait données Nicole.

- Personne à part moi ne savait que Lei était sa fille. Elle est venue clandestinement. Comme à Foshan, personne ne savait que j'étais sa fille, et j'étais presque clandestine. C'était une manière pour lui de nous rendre plus dépendantes et de mettre en avant celle qui lui était le plus utile, selon les circonstances.

- Qui l'a tuée?

- Moi, dit presqu'inaudiblement Anna... mais c'est un accident, ajoute-t-elle plus haut, en me regardant dans les yeux. Elle m'a réveillée en me tirant les cheveux, en m'injuriant. Alors, j'ai..

- Elle t'a réveillée? Quand cela?

- Sûrement juste après votre départ. Elle n'attendait que cela pour s'attaquer à moi.

- Elle était dans l'appartement en même temps que nous?

Anna sourit légèrement, devinant sans doute mes pensées

- Oui. Tout le temps, insiste-t-elle avant de continuer. Elle a dû nous entendre arriver et elle s'est cachée au-dessus de l'armoire du couloir. Lei était assez petite et agile.

- Comment sais-tu qu'elle était cachée là?

- Dans les insultes qu'elle me criait en m'éveillant, j'ai compris qu'elle nous avait observée depuis là-bas. Lei était une fille très prude, et ce qu'elle a vu a dû décuplé sa haine, fait-elle en jetant un oeil vers sa mère, qui sourit.

- Que faisait-elle là?

- C'est sûrement mon père qui l'avait envoyée, pour me ramener. Louis avait dû lui donner l'adresse.

- Tu avais fui de chez Li?

- Annabelle, interrompt Claire. Je crois qu'il serait bon de recommencer au début. Cette histoire est déjà bien assez complexe.

- Oui, maman, fait Anna.

En l'entendant appeler Claire "maman", juste après avoir imaginé Lei nous observant toute la nuit, je me sens un peu mal à l'aise. Je m'étais étonné de son vouvoiement à mon égard. Jusqu'à ce que je me rappelle que ce soir-là, nous nous vouvoyions tous les deux. C'est moi qui ai changé mon regard sur elle. Je vide lentement mon verre, avant de faire signe à Hélène/Marianne de me resservir la même chose.

(à suivre)

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Jeudi 14 août 2008 4 14 /08 /Août /2008 13:29
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Mercredi 13 août 2008 3 13 /08 /Août /2008 17:00

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Cet homme, c'est Pierre. Le maître d'hôtel de Claire! Claire que j'avais quitté, le soir même de la rencontre d'Anna. Claire à qui je n'avais plus donné signe de vie, et qui ignorait ma nouvelle adresse. Claire, à qui, durant les événements de ces derniers jours, je n'avais pas pensé un instant. Claire, dont Maxell était amoureux. Lhermand me l'avait rappelé, le dernier soir où je l'ai vu. Que savait-il vraiment, ce soir-là?

A cet instant, l'entrée de Sylvain, porteur de deux lourdes valises, me ramène au présent. Il se dirige vers l'escalier. Heureusement que l'effort lui courbe la tête, me cachant à sa vue. Je disparais aussitôt dans le couloir. Je n'ai plus d'autre choix que de retourner dans mon lit et simuler le sommeil. J'ai besoin de temps pour réfléchir, et aviser de ce que je dois faire. J'ai eu tellement de peine à atteindre ma chambre, à me déshabiller, que je sens bien que la vraie difficulté pour moi, dans les instants qui vont se suivre, ne sera pas de simuler le sommeil, mais de ne pas sombrer vraiment. Car il faut rester conscient de ce qui se passe, et se dit, autour de moi.

Je n'ai pas à attendre longtemps. Après quelques minutes, j'entends la porte du salon qui s'ouvre. Les pas délicats et pressés d'une femme, qui ralentissent et se font plus discrets à mesure qu'elle approche. La porte de ma chambre s'ouvre lentement. Personne n'entre. Pendant quelques minutes, j'ai un mal fou à rester immobile, à ne pas me redresser, lui ouvrir les bras, me confier à elle.

La porte ferme, me laissant à mes réflexions. Réfléchir. Comme si j'en étais capable. La réapparition de Claire, dans ces circonstances, m'ôte toute capacité déductive. Seuls de vagues souvenirs me viennent, de ces instants au Prisciani, où,depuis ma table, je surprenais Claire, au bras de Luciano, échangeant de brefs regards avec Maxell. Des regards qui suggéraient une vieille et forte complicité. Je n'avais jamais interrogé Claire sur son passé, sur l'avant-Luciano, ce passé qui semblait bien lourd déjà pour la jeune femme qu'elle était. Elle m'avait juste, un soir, présenté son père, un barman d'un quartier populaire, un type costaud et primaire, guère causant, et qui avait à son égard des attitudes ambiguës qui m'avaient profondément gêné, m'ôtant toute envie de le revoir.

Quel était son rôle dans toute cette affaire? Je n'arrivais pas à le comprendre. Elle n'était qu'une des pièces de ce puzzle du passé qui était venu se briser à mes pieds le soir où je m'étais éloigné d'elle.

Malgré les doutes et les questions, je ne peux m'empêcher de me rendormir. Je suis aussitôt assailli de cauchemars terribles. J'étrangle Claire tandis que je lui fais l'amour, sous le regard hilare de Luciano, assis dans un fauteuil, nu et gluant. Le fauteuil disparaît dans le vide avec lui, dans une très longue chute silencieuse. J'aperçois dans le vide, à côté du lit, le corps de Luciano, ou plutôt l'endroit où il est tombé dans la neige, marqué d'une croix rouge. Du cou de Claire où mes ongles s'enfoncent comme dans du beurre s'écoule du sang blanc comme la neige. Elle sourit. "Pourquoi es-tu venu? J'avais pourtant fermé les rideaux". Lhermand est à présent étendu sur le lit, à côté de nous, mort. Mais il parle: "Tu ne sauras pas, vieux, tu ne sauras rien. Trop tard. Tu es toujours arrivé trop tard. T'es un escargot, Roland, tu ne peux rien contre les loups. Il faut sortir du bois". Je saisis le corps de Claire par les hanches. Il se brise aussitôt en morceaux, qui vont rouler sous l'armoire. Je rampe difficilement jusque là, tend le bras sous le meuble pour les ramener vers moi. Ces morceaux se transforment en une série de personnages que je reconnais avec peine: Forgeard père, Hang, Luciano, Anna, Lhermand, Franck Johnson, Nicole, Jérôme, qui s'encastrent les uns dans les autres, dans des poses grotesques ou obscènes, monstres hybrides qui peu à peu deviennent une boue noire et mouvante. La boue prend lentement la forme de deux mains immenses. Des mains qui viennent me serrer le cou. J'étouffe, je tends le bras à la recherche d'une arme, je brise le miroir de la table de nuit...

C'est le bruit de la cruche d'eau, se brisant sur le sol après que ma main l'eut heurté, qui me réveille, en sueur et tremblant. Quelqu'un a déposé sur une table roulante, à côté du lit, des biscuits, une tasse et un thermos de café. Je m'assieds, me restaure, reprenant difficilement le contrôle de mon esprit, englué de divagations. Je comprends qu'il ne sert à rien d'essayer de démêler seul l'énigme de la présence de Claire. Il n'est plus temps de jouer au plus fin. Je vais lui parler.

Non sans mal, je me redresse, me rhabille, jette un oeil au-dehors. Il commence à faire jour. Toute une nuit a passé dans ces divagations. J'ouvre lentement la porte du salon, apparemment vide. Je me dirige vers le couloir. Mais à cet instant, j'aperçois, en contre-jour devant une des grandes porte-fenêtre, une silhouette féminine. Elle ne m'a apparemment pas aperçu. Je m'avance lentement. Il me semble qu'elle porte cette splendide robe bleue qui la rendait si royale au Prisciani, et qu'elle portait encore parfois, chez elle, les premières fois où je la retrouvai, après son mariage. J'ai envie de prononcer son nom, "Claire", mais un sentiment, étrange, indistinct, comme l'ombre portée des cauchemars de la nuit, m'en empêche. Sa silhouette semble déformée par le contre-jour, la rendant plus petite, avec des hanches plus fortes.

Le plancher craque sous mes pieds. La silhouette se retourne. Après un moment d'hésitation, elle avance lentement vers moi. Le visage est encore plongé dans l'ombre. Mais j'ai sans doute commencé à comprendre, car je suis figé, tremblant, incapable d'articuler un mot. Toutes mes pensées, mes sens semblent fuir, et je suis incapable de les retenir. Son visage quitte l'ombre. Ce n'était pas une illusion. Ce n'est pas Claire. C'est...

(à suivre)

Par charp - Publié dans : En pièces détachées - Communauté : SOIF DE LIRE...
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Mardi 12 août 2008 2 12 /08 /Août /2008 13:28
Par charp - Publié dans : Photos
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