Mardi 10 juin 2008 2 10 /06 /Juin /2008 13:56

CHAPITRE VIII

 
UN SUSPECT RECALCITRANT

 
 
 

- Inspecteur Legrand ? Quelle bonne surprise, fais-je d’un ton ironique. A quoi dois-je votre visite ?

- Commissaire Legrand, si tu permets, dit le rougeaud en entrant dans le couloir sans attendre mon invitation, ni répondre à ma question. J’ai mis dix ans à l’avoir, ce poste, alors j’y tiens. Bon sang, le concierge m’avait bien dit qu’un dénommé Malet occupait l’appartement, mais je n’osais y croire, fait-il en jetant un coup d'oeil dans la cuisine. Voilà qui simplifie tout. Embarquez-le, les gars.

Les deux policiers en uniformes qui suivaient Legrand et étaient restés sur le seuil, un jeune type au visage carré qui fait de gros efforts pour avoir l'air décidé et sûr de lui, et un autre plus âgé qui a l’air de s’ennuyer, se dirigent aussitôt vers moi.

- M'embarquer? Tu n'as pas beaucoup changé de disque depuis douze ans, à ce que je vois. Et pour quel motif, s'il te plaît? dis-je en suivant Legrand dans la chambre. Parce que je te rappelle qu'il faut un motif pour régler ses comptes. Même quand on est devenu commissaire.

Il s’est retourné. Comme nous gardons notre calme, et qu’il ne répète pas son ordre, les deux autres hésitent à me maîtriser. Ils restent en attente à l’entrée de la chambre.

- Ne joue pas ce jeu-là avec moi, Valdes, pas avec moi, fait Legrand son doigt pointé vers ma poitrine. Cette fois, tu ne t’en tireras pas. Je veux bien qu’on ait passé au bleu l’assassinat d’un criminel comme Robert Lemerle, ce petit miteux qui se faisait appeler Luciano pour faire genre, mais celui d’une jeune fille sans histoire, c’est autre chose.

- Quelle jeune fille ?

- Tu te fous de ma gueule ?

Il me regarde, hésite un instant.

- Bon, puisque de toute manière, ton vieux copain Lhermand te mettra au parfum, autant ne pas me priver du plaisir de t’expliquer comment tu t’es fourré dedans. La jeune fille, c’est celle qui occupait l’appartement, tu le sais bien, ajoute-t-il sans me quitter des yeux.

- Elle est morte ?

Mon exclamation n’est pas de la comédie. Contre toute évidence, je continuais d’espérer.

- Y a des chances, oui, fait Legrand, un instant troublé par l'apparente sincérité de ma réaction. Mais il se reprend vite:

- On peut vivre sans jambe droite, je te l’accorde, même si on s’en débarrasse rarement dans le frigo d’un inconnu. Mais sans le buste, c’est plus compliqué.

- Qu’est-ce que tu racontes ?, dis-je en réprimant l’émotion qui m’envahit.

- Que ton ami Rudolph est mort, me répond Legrand en se retournant et relevant d'un geste brusque les draps du lit, à la recherche de je ne sais quel objet. Mort bizarre, d’ailleurs. Un mécanicien qui se promène la nuit sur un pont de chemin de fer, en tombe juste au moment où passe un train, ça incite au soupçon, tu ne trouves pas? ajoute-t-il en se retournant vers moi.

- Rudolph ? Rudolph Marklay ?

- Fais pas chier, Roland, fait le commissaire en agrippant l'oreiller et en le jetant à l'autre bout de la pièce. Tu sais très bien de quoi il s'agit.

- Je sais surtout que je ne l'ai pas vu depuis quinze ans, depuis..

- C’est ça, oui. Enfin, bref, tu comprends, on est allé voir chez lui. On a tout fouillé, me dit-il en ouvrant l'armoire. Même le frigo de la cave. Et là, qu’est-ce qu’on trouve ? Une jambe et un torse de femme. Peut-être qu’il craignait d’en manquer pour l’avenir, et qu’il avait fait des provisions, ...

- Mais... comment savez-vous que c’est Anna ? dis-je, me raccrochant à un dernier espoir, tandis que Legrand commence à jeter mes affaires sur le lit.

- Tiens, tu sais qu’elle s’appelle Anna ?, dit-il avec un sourire satisfait en se rapprochant de moi. Heureux que la mémoire te revienne. Ah oui, c’est vrai, c’est là que ça a surtout foiré pour toi. Jusque là, c’était pas mal ficelé, au fond. Il y avait beaucoup de chances que l’on ne devine pas la cause de la mort de Rudolph. Le suicide devenait l’explication la plus vraisemblable. On trouvait les petits morceaux de la dame, et on se disait que Rudolph avait remis ça, et que c’est pour cela qu’il s’était suicidé.

- Mais pourquoi l’aurais-je tué, lui ? Puisque de toutes façons, à t'entendre, personne n'aurait cru ses dénégations, fais-je d'un ton las.

- Ah ça. Peut-être qu’il était sur le point de soulager sa conscience, comme on dit. Même si le terme de conscience est mal venu pour ce genre d’ordure. Et il savait des choses sur toi, Rudolph. Non, c’était pas mal pensé. T’avais tué la fille, sans doute parce qu’elle ne voulait pas te faire des petites choses un peu tordues, hein ?

Je le saisis vivement au poignet au moment ou sa main s'avance vers moi. Legrand perd son attitude hautaine, une lueur d'inquiétude dans les yeux, qui ne disparaît pas tout à fait quand je le relâche.

- Et puis t’étais mort saoul, fait-il en reculant un peu, et en se massant le poignet, et là, on sait que tu peux devenir méchant. On vient du Prisciani, on sait que tu l’as quitté avec elle la dernière fois qu’on l’a vue. Un cadavre dont il fallait se débarrasser, Rudolph qui risquait de devenir bavard, t’as voulu faire d’une pierre deux coups, grâce au passé de Rudolph. Seulement, ça a foiré, dit-il en haussant la voix.

Son débit se fait soudain plus rapide:

- Et ça a foiré parce que t’es parti de la cage avant les derniers développements en analyse génétique. Ça a foiré parce que tu croyais que personne ne s’inquiéterait de la disparition de la petite. Mais elle a un père, la petite, un petit commerçant du quartier chinois qui a signalé sa disparition. Dès que l’on a découvert les restes, on a fait le tour des disparitions dont les dates pouvaient correspondre. L’analyse a été sans appel, c'était bien sa fille.

Il me regarde, espérant trouver dans mes yeux un signe de son triomphe. Il n'y trouve rien. Je pense à Anna. Tout est fini...

- Bon, alors, les gars, vous êtes venu ici pour le spectacle ?, crie-t-il en se retournant vers les deux autres, toujours en faction. Fouillez-moi cette chambre, nom de dieu!

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Lundi 9 juin 2008 1 09 /06 /Juin /2008 15:30
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Dimanche 8 juin 2008 7 08 /06 /Juin /2008 13:53
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Le nom d’Anna Li semble avoir été inventé : aucune trace ni dans l’annuaire, ni à la municipalité. Sur internet, oui, mais aucune qui corresponde à celle dont je cherche la trace.

Privé de pistes sérieuses, j’ai cherché au hasard une trace de l’homme aux fonsecas, dans tous les bars plus ou moins branchés, dans les lieux sélect, les golfs, chez les marchands de cigares. Rien. J’ai même tenté de retrouver le locataire précédent, un nommé Hang Jing. En vain. Sur Elvire Brown, rien de bien extraordinaire.

Quant aux deux types croisés dans l’escalier, j’ai transmis leur signalement à Lhermand. Aucune nouvelle de ce côté.

J’ai même été jeter un coup d’œil à la décharge de Mazieux, là où on a retrouvé les restes d’Elvire Brown. Aucun élément suspect, et aucune découverte macabre signalée dans les journaux.

Je n’ai que l’appartement. J’ai fouillé, vingt fois, à la recherche du moindre indice. Mais comme l’avait dit le propriétaire, tout avait déjà été vidé. Et aucune nouvelle adresse ne lui avait été transmise.

J'ai eu un bref espoir, vite déçu, quand j'ai découvert, sous une planche d'une armoire, des journaux en chinois. Cela ne fut pas difficile de trouver un traducteur, mais en vain. Le plus pénible fut de passer des heures à écouter, dans un français très approximatif, tous les faits divers des provinces chinoises, tout le détail des nouvelles internationales, des négociations financières, des sorties de films, des comptes rendus sportifs etc.. Rien de particulier. Un article manquait, découpé au milieu d’une page. Mon traducteur m’avait appris que la page était consacrée à l’économie régionale chinoise. On ne pouvait tomber plus mal.

Je rage d’ailleurs d’y avoir perdu tant de temps. Dès le début, le traducteur m’avait appris le seul renseignement dont j’aurais dû tenir compte : les journaux dataient d’il y a plus de quinze mois. Ils étaient donc au nommé Hang Jing.

Le seul souvenir qui me reste d’Anna est la robe, et le string. Souvenirs muets : ils ont été achetés dans une grande surface. Ils sont dans une boîte au fond d’une armoire.

J’ai fini de chercher. Mon seul espoir, c’est l’appartement. Qu’une ancienne connaissance d’Anna, ignorant qu’elle devait le quitter, vienne à sonner. Mais jusqu'à présent, personne.

Cela a duré quatre semaines. Je n’ai pas fait que cela. Mes réserves s’épuisaient et il me fallait retrouver des rentrées rapidement. J’ai cherché à me reconvertir dans le privé, j’ai contacté un détective que j’avais côtoyé autrefois.

A partir de là, j'ai traqué les infidèles ou supposées telles, les employés qui auraient transmis des secrets à la concurrence, des gendres dont le beau-père prudent veut connaître la vraie vie, des jeunes filles dont les proches du futur mari, riche et vieillissant, aimeraient trouver quelqu'indélicatesse passée.

J’ai même eu une disparition, d’une gosse de bourges de 19 ans, une fille toujours sage qui n’avait que des amis très bien, des études sérieuses et prometteuses et qui a fait les titres des journaux jusqu’à ce que je la retrouve, dans un hangar, à moitié à poil, fumant des joints avec des loubards aussi entamés qu’elle.

Le plus dur, ça n’a pas été de la retrouver, mais d’expliquer aux parents qu’elle ne voulait pas revenir. Ils ont refusé de me payer, mais j’ai quand même fait une bonne affaire, grâce à la pub faite autour. Depuis avant-hier, je me suis installé à mon compte, et j’ai déjà trois autres affaires de disparition : un gosse vraisemblablement enlevé par son vrai père, réapparu après 10 ans, un mari ayant abandonné famille et carrière pour s’enfuir sous d’incertains tropiques avec la petite amie de son fils aîné, et aujourd’hui, une jeune femme de 23 ans, dont le grand-père, son seul parent vivant, n’a plus de nouvelles depuis son retour d’un stage de coopération.

Il faudra que je passe chez le vieux, qui m’a préparé des photos de la fille, et que je lui redemande d’autres renseignements. Mais là, j’attends un courrier de Casa sur le gosse de 10 ans. J’ai demandé au concierge de me le monter dès qu’il arrive, car il n’est pas question que je bouge de mon ordinateur. Désormais, toutes les enquêtes commencent là, sur internet. Pour l’instant, je cherche des traces du mari fugueur. Je sais quelles sont ses destinations probables.

On sonne. Le concierge et l’enveloppe, sans doute. Ou Lhermand ? Ou si c’était… ? Je vais ouvrir, et je me trouve face à un gros type rougeaud aux gros sourcils, la bonne soixantaine, qui, en me voyant, prend une expression de joie intense et carnassière :

- Valdes ! C’est donc bien toi, salopard !

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Samedi 7 juin 2008 6 07 /06 /Juin /2008 15:28
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Vendredi 6 juin 2008 5 06 /06 /Juin /2008 13:52

CHAPITRE VII

 
UNE NOUVELLE VIE

 

La visite à l’Atmo O ne m’a rien appris. On n’y connaît pas plus le type aux fonsecas qu’au Prisciani. Et c'est encore moins le genre de la maison. Je le reconnaîtrais entre mille, mais on est bien plus que cela en ville, et il est probable qu’il n’y soit plus.

Le lendemain, le bail est signé. J’ai les clés en main. Les clés d’Anna. Les clés que son assassin a déposées chez le concierge. La piste du tueur en série n’est décidemment pas sérieuse. J’ai vu deux types monter, et ce genre de tueur ne dépose pas les clés en partant. De toute façon, la présence de son amant le matin même du meurtre à la terrasse de l’Atmo O n’est sans doute pas un hasard. Le meurtre ? Et si on l’avait enlevée ? Après tout, elle est peut-être simplement blessée. On peut beaucoup saigner, sans en mourir. Son amant ? Après lui avoir refusé le mariage ? Ça ne tient pas. Il n’y a pas grand-chose qui tienne, d’ailleurs, dans cette histoire. Mais cette idée qu’elle ne soit pas morte m’est impossible à chasser.

Il reste à prévenir Claire. Elle n’a pas mon n° de portable. On ne s’appelle presque jamais. Les absences de son mari sont régulières. En cas d’urgence, il y a le code des rideaux. Et si un changement important s’annonce, comme la dernière fois, elle me téléphone sur le fixe, depuis son coiffeur.

Mais je suis las. Las de cet amour entre parenthèses, de ces craintes constantes, de ces prudences. Qu’elle ait un mari, que je ne la vois que de temps à autre, sans vivre avec elle, voilà qui ne me dérange pas. J’aime avoir le champ libre.

Mais justement, cette liaison secrète, avec ses rendez-vous imposés, ses règles strictes, c’est pire qu’un mariage. Pas question d’une virée surprise, d’une soirée en ville, de partager des amitiés. Toujours chez elle, sans sortir de l'appartement. Pas d'excès, qui pourrait laisser des traces. L'adultère a quelque chose de monacal. Mais sans la simplicité. Toujours entrer par l’escalier de secours, en vérifiant que personne ne me voit, à la longue, cela devient ridicule. Il y en a que ce genre de situation excite, parce que cela les change de leur ordinaire. Moi, ça me rappelait plutôt le boulot.

Oh, elle m’aime, je n’ai aucun doute là-dessus. Mais elle l’aime, lui aussi. Enfin, elle aime surtout la situation que lui offre son mariage. Pas tellement l’aisance, encore que son élégance et son raffinement y trouvent leur compte, mais le calme.

Fini, les gangsters plus ou moins frimeurs, plus ou moins dangereux, qu’on retrouve un matin deux balles dans le crâne, ou un mois plus tard dans le box d’un tribunal, entendant prononcer une sentence de vingt ans ferme. Ou qui se font descendre sous ses yeux quand elle est dans les bras de son amant …

Un homme d’affaires comme Jacques Froncy ne lui offre peut-être pas la même compréhension, les mêmes émotions que moi, mais avec lui, elle peut respirer, enfin. Au début, cela m’arrangeait aussi, ce côté rangé. On se lasse de se demander, chaque matin qui suit une nuit d'amour, si le gars qu'on croise dans la rue est un homme de main du cocu, chargé de vous placer une balle dans la nuque. Et un mari qui a de longs voyages d’affaires régulièrement, c’est quand même assez commode.

Lui aussi, à n’en pas douter, tient à elle. Et il n’a pas ma mentalité. Ça a le sens de la propriété, les hommes d’affaires. Et du respect des contrats. Claire ne peut renoncer à moi, mais refuse de courir le moindre risque. Et j’en ai assez de régler mon pas sur celui de son mari. J’ai l’impression de devenir une ombre. Je ne préviendrai pas Claire.

(à suivre)

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Jeudi 5 juin 2008 4 05 /06 /Juin /2008 15:29
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Mercredi 4 juin 2008 3 04 /06 /Juin /2008 13:50
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- Son mec ? Elle était seule quand je suis arrivé… Raconte-moi tout depuis le début.

- Elle est arrivée la première. Lui est arrivé un peu après. Ils ont discuté un certain temps, je n'ai pas vraiment fait attention. Puis la température a monté. Elle a crié, des insultes surtout, elle a hurlé, elle s’est levée en renversant sa chaise et en lui jetant un verre à la figure. Lui, il a calmement esquivé, l’air un peu ironique. Quand je suis venu pour demander le calme, et réparer les dégâts, il a dit froidement, en allumant son cigare : « Assieds-toi, Anna, ça ne sert à rien de discuter, je ne changerai pas d’avis». C’est comme cela que j’ai su son prénom. Son nom, je ne le connais pas.

- Tu es sûr que c’est son mec, pas un ami ou un parent ?

- Sûr. L’accueil qu’elle lui a fait n’était déjà pas dans la discrétion. Le genre de baiser qui vous répand le silence dans toute la salle. Ah, elle a du tempérament, la fille…

Elle avait, oui…

- Et quand est-il reparti ?

- Une demi-heure après, plus ou moins.

- En la laissant là ?

- Oui. Elle s’est mise à pleurer. Il s’est levé, toujours impassible, toujours avec ce petit sourire. Il a payé leurs consommations, et même plus, « pour la suite », m’a-t-il dit. Et il est parti.

- Et lui, tu le connais ?

- Non, jamais vu.

Pas besoin de demander comment ils étaient entrés, je le savais. Une bonne soirée pour le portier.

- Il avait l’air de quoi ?

- Un jeune gars, grand, mince. Bien habillé, classique. Rien de très remarquable, en fait.

- Et tu n’a rien entendu d’autre de ce qu'ils se sont dit ?

- Non. Elle s'était calmée, je me suis éloigné.

- Pas très curieux, pour une fois.

- J’avais d’autres clients. Et puis des disputes de ce genre, je connais. Même si c’est moins spectaculaire en général. Ah oui, justement, je sais pourquoi je n’étais pas curieux, je me doutais du motif de la dispute. Je me rappelle, je l’avais entendu, elle, au moment où je leur amenais une consommation, juste avant que la dispute n’éclate : « Et le mariage ? », elle avait dit, sur un ton déjà énervé. Bref, j’avais compris. Un jeune gars qui s’est offert une maîtresse en promettant le plus longtemps possible le mariage, et là, la fille s’était ramassé la vérité en pleine poire. Pas besoin d’en savoir plus.

Ca colle avec le départ prévu d’Anna, avec son désarroi. Elle avait résilié son bail en croyant sans doute partir en voyage de noces. Mais celui-ci s’était arrêté de l’autre côté de la rue. Et j’avais récupéré la nuit de noces. Ça expliquerait tout. Sauf le meurtre…

- Ah, j’y pense, Elvire Brown, ça te dit quelque chose ?

- La fille qu’on a retrouvée en pièces détachées, il y a deux ans ? Oui, elle travaillait ici. Mais on a appris qu’elle faisait des extras, en dehors de notre clientèle. Je suis sûr que c’est de ce côté qu'il faut chercher son meurtrier.

Ou du côté de ceux qui n’ont pas apprécié qu’elle fasse des extras….

- Pourquoi ? Vous êtes sur cette affaire? ajoute Jérôme

- Non, pas celle-là. Ou pas encore.

- Décidemment, depuis que vous êtes revenu hier, j’ai l’impression d’être tombé dans un trou, fait-il en vidant sa tasse. Je marchais dans le présent, comme tout le monde, et là, j’ai l’impression d’être tombé dans le passé, d’avoir rajeuni de 20 ans, fait-il en souriant légèrement.

- C’est un peu l’impression que j’ai depuis le même moment. Pas d’être tombé, mais de voir revenir à la surface des morceaux entiers, fais-je tout en regardant la salle vide du Prisciani…

Luciano a fait comprendre à Claire qu’il va discuter cuisine interne avec ses lieutenants. Elle se lève, me frôle tandis que je suis au bar, comme maintenant. J’hésite un instant, n’osant croire que ce frôlement est volontaire. Elle a passé la porte blanche sans un regard. Tant pis si je me trompe. Luciano est occupé et ne partira pas sans elle. Je sors à mon tour par la porte blanche…

Du passé en pièces détachées. Une nouvelle jeunesse. Mais ce n’est pas mon sang que le diable a pris pour me l’offrir. C’est celui d'Anna. Il en a pris pour combien, Faust, selon Marlowe ? Ah oui, pour l’éternité…

Je salue Jérôme, visiblement satisfait d’en avoir fini et de pouvoir retrouver son inconnue, et je me dirige vers la sortie. J’en sais plus, peut-être, mais là, c’est l’impasse. Personne ne les connaît, et la description du compagnon d’Anna faite par Jérôme est des plus communes.

Soudain, une intuition. Je crie à Jérôme qui s’apprête à pousser la porte blanche :

- Les cigares du type, c’était des fonsecas ?

(à suivre)

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Mardi 3 juin 2008 2 03 /06 /Juin /2008 14:45
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Lundi 2 juin 2008 1 02 /06 /Juin /2008 13:46
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- J’aimerais te parler, Jérôme.

- C’est urgent ?

Je fais signe que oui.

Un silence. Un regard jeté vers l’intérieur. Tiens donc, Jérôme reçoit des visites galantes ici. Ce n’est pas dans la tradition, cela.

 

- Bon, euh... allons discuter de cela au comptoir, si vous voulez bien, dit-il en fermant la porte. Je n'ai pas encore pris de café.

- D’accord, fais-je avec un léger sourire. Pour moi, ce sera un rusty nail.

- Le matin?

- J’ai eu un début de journée un peu agité.

Le fait est qu’après la nuit avec Anna, la découverte du meurtre, deux fouilles complètes, une bagarre avec un proprio qui me prenait d'abord pour un tueur psychopathe, puis pour un amateur de morbide, et enfin la décision de déménager, j’avais commencé fort.

- Désolé, Jérôme, de t’avoir dérangé en bonne compagnie, mais j’ai des renseignements à te demander, lui dis-je, quelques instants après m'être installé au bar, alors qu’il achève de préparer le cocktail.

L’expression de peur de tout à l’heure lui revient.

- Vous l’avez entendu ?, dit-il en cherchant à masquer le ton de sa voix par le déclenchement de la machine à café.

- Qu’il y avait quelqu’un ? Oui, et cela m’a surpris.

Il renverse même un peu de café.

- Tu ne ramenais pas tes jeunes et beaux amis ici, avant, dis-je.

Son expression a changé du tout au tout. Il a l’air non seulement rassuré, mais presque amusé. Donc, c’était une femme. Encore plus curieux…

- Alors, comme ça, vous voulez des renseignements, M. Malet. Une poussée de nostalgie ou vous avez repris du service ? me demande-t-il en déposant le cocktail devant moi.

- C’est à propos de la fille d’hier soir, dis-je sans lui répondre .

Cette fois, il se détend tout à fait. La dame n’a donc rien à voir avec mon affaire, à laquelle je peux revenir. Lui, il revient à la machine, où son café l’attend.

- Tu la connais, n’est-ce pas ?

- Non, c’est la première fois que je la voyais, répond-il en venant se mettre en face de moi.

- Jérôme, dis-je calmement, tu m’as donné son nom, son adresse et tu la protégeais contre les gourmandises de tes clients, ce qui n’est pas l’usage de la maison. Ne me raconte pas d’histoires, fais-je plus sèchement, un léger sourire sur les lèvres, tu sais comment cela fini.

- Je vous assure, M. Malet, que je ne mens pas.

Il a de nouveau un air inquiet, mais là, je sais pourquoi.

- Je la protégeais, parce que je craignais qu’elle refuse et qu’elle s’emporte, explique-t-il rapidement en me jetant de petits coups d’œil rapides. J’avais déjà vu plus tôt de quoi elle était capable. On aime le calme et la discrétion, ici, vous le savez bien. L’adresse, tout ce que je sais, c’est que c’était dans la rue, vers l’Atmo O. C’est elle qui me l’a dit quand je lui ai proposé d’appeler un taxi.

- C’est ça. Et elle a décliné son identité pour meubler la conversation.

- Non, ça c’est son mec qui l’a dit, quand ils se sont disputés.

(à suivre)

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Dimanche 1 juin 2008 7 01 /06 /Juin /2008 14:30
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