Partager l'article ! En pièces détachées - Roman policier - 34: Sommaire Chapitre XIV Louis Forgeard & ...
Chapitre XIV
Louis Forgeard
Le problème avec les vitres fumées, c'est que l'on ne sait pas si un passager est en train d'ajuster le tir au moment où vous passez devant, ou si les occupants sont en train de taper le carton au bar du coin.
Ce n'est pas Li qui tient la boutique aujourd'hui, mais une femme d'âge mûr, qui n'a pas l'air très au courant de ce que
contient le magasin, ni des prix, à en juger par les échanges avec un couple de clients. Apparemment, une nouvelle dans le métier. Sa manière de bouger et de s'approcher de l'homme est plus
adaptée au trottoir qu'à une petite épicerie. Quant à son air satisfait et un peu hautain, c'est celui d'une personne qui vient de recevoir une promotion inattendue. Je vois que M. Li sait
veiller à la reconversion de son petit personnel, et qu'il n'a plus de temps pour jouer au petit commerçant.
- Monsieur désire? fait-elle en s'approchant de moi, avec une expression exagérément suave.
- Oui.
L'incompréhension défait l'expression artificielle de ses traits
- On monte...?, fais-je lentement,en souriant et en montrant la porte du fond.
Elle jette un coup d'oeil inquiet vers les autres clients
- ... voir Monsieur Li? J'ai quelques informations à lui donner.
- Ah, fait-elle, rassurée, en reprenant une attitude plus compassée. Je vais voir s'il est là, et s'il peut vous recevoir.
Elle se dirige vers le comptoir et décroche le téléphone. Après quelques mots échangés en chinois et ponctués de regards vers moi:
- Monsieur Li vous attend.
Il n'y a pas que Monsieur Li qui m'attende. En haut de l'escalier, je découvre une masse de muscles qui avait déjà été chargée de l'accueil. J'espère qu'elle m'épargnera cette fois les présentations avec la crosse de son flingue. Effectivement, quand j'arrive, il me tend la main, ouverte. Je lui demanderais bien s'il fait l'aumône, mais je le soupçonne de manquer d'humour. Je pose donc mon MAS dans sa pogne. Il m'indique avec un large sourire la porte entr'ouverte. Li est à son bureau, assis profondément dans sa chaise.
- Monsieur Valdes! Enchanté de vous revoir. Asseyez-vous, ajoute-t-il en désignant l'un des fauteuils placés en face de lui. Xue va vous apporter du whisky. A moins que vous ne préfériez du thé, à cette heure matinale.
- Non, le whisky sera parfait. Je suis fâché avec les horaires depuis hier, et cette matinée est une sorte de soirée qui se prolonge.
A cet instant entre l'autre garde du corps, porteur d'une bouteille qu'il tend à M. Li.
- Alors, vous avez du nouveau? dit celui-ci en remplissant le verre posé sur le bord du bureau. Avez-vous localisé les assassins de ma fille?
- Pas encore. Mais je crois que quelqu'un pourrait nous y aider.
- Qui? demande Li en me tendant mon verre.
D'un geste, je désigne la petite pièce voisine où j'avais aperçu Forgeard l'autre fois.
- Je ne comprends pas.
- Je pense que cette conversation serait plus fructueuse à trois.
Faisant mine de ne pas comprendre:
- A trois? Qui est de trop? Liang? Demande-t-il en montrant l'hôte d'accueil. Ou Xue?
- Je ne parlais pas des meubles. Je pensais que, puisque ce cher Forgeard aimait écouter les conversations, qu'il serait plus confortable pour lui de le faire dans cette pièce même.
M. Li me regarde un instant..
- Pourquoi pensez-vous qu'il est ici?
- Je l'ai aperçu l'autre fois...
M. Li soulève les sourcils
- Monsieur Forgeard, vous avez entendu. Qu'attendez-vous pour nous rejoindre? dit-il en haussant à peine la voix.
La porte s'ouvre, et Forgeard entre, l'air aussi indifférent que possible, mais les traits serrés et l'allure raide.
- Monsieur Forgeard, je vois que vous êtes aussi doué pour me rendre ma fille vivante que pour rester discret.
- ça va, Li. Je vous avais dit de vous méfier de cet enfoiré, fait-il sans me regarder. Ce n'est pas ce genre de vieux débris
qui pourra vous aider, lance-t-il en s'asseyant dans le fauteuil proche du mien.
- Monsieur Valdes, je n'ai pas bien compris, tout à l'heure, fait Li, ignorant les propos de Forgeard. Vous pensez que Monsieur peut nous mettre sur la piste des assassins de ma fille?
- Je pense qu'il les connaît très bien, fais-je.
Je m'attendais à la surprise chez Li et l'inquiétude chez Forgeard, mais c'est plutôt la surprise chez le second et l'imperméabilité chez le premier. Me serais-je trompé et Forgeard l'aurait-il averti? On verra..
- Il les a reconnus lorsqu'ils sont sortis de l'immeuble, le matin de la mort d'Anna. C'est pour cela qu'il s'y est précipité.
Tiens, maintenant, j'ai droit aux expressions attendues, avec un regard appuyé de Li vers Forgeard.
- Qu'est-ce que c'est que cette histoire? fait Forgeard d'un ton faussement détaché qui ne peut masquer l'inquiétude ni la colère. De qui parlez-vous? ajoute-t-il en plongeant lentement la main dans la poche de sa veste.
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