Partager l'article ! En pièces détachées - Roman policier - 56e et dernier: Sommaire - Non, Monsieur Valdes. Pas du miracle, mais de la scienc ...
- Non, Monsieur Valdes. Pas du miracle, mais de la science de démêler les noeuds. Anna est vivante, et l'on ne peut vous impliquer dans la mort de Lei, comme on l'a fait pour la sienne. Rudolph Marklay était déjà reconnu comme le coupable. La justice s'en contentera. Seules les manoeuvres du commissaire Legrand vous impliquaient dans cette affaire. Or, les enquêtes internes de la police française ont révélés les agissements peu scrupuleux de cet homme. Révélations gênantes qui pousse la police à clore au plus vite l'enquête sur sa mort et qui a encouragé le policier ayant tiré sur lui par mégarde à reconnaître ce que l'expertise balistique indiquait. Son chef étant devenu un criminel, il s'en faisait presque gloire. Quant au capitaine Matthieu et au lieutenant Mercier, sur foi du témoignage du capitaine Hansart, ils ont été déclaré morts en service, abattus par Maxell et ses lieutenants, Corto et Johnson. Ils seront enterrés avec tous les honneurs.
- Le capitaine Hansart? C'est lui qui a succédé à Matthieu?
- Il a été nommé ce matin même.
- Et il lui succède ... dans tous les domaines?
- En quelque sorte, oui, mais avec plus de mesure. Il a compris que nous avions plus intérêt à collaborer qu'à nous affronter, ajoute-t-il en jetant un regard vers Froncy qui blémit.
- Il reste Jérôme.
- Ce garçon de café qui travaillait pour Maxell? Il n'est pas mort. Il est sorti du coma, et vous a mis hors de cause.Vous voyez, les eaux se sont calmées d'elles-mêmes, monsieur Valdes. La surface d'un lac n'offre aucune résistance aux coups, mais elle n'en garde aucune trace. Sans doute la police aurait-elle encore certaines choses à vous reprocher, mais elle va l'oublier. Tout le monde veut tourner la page.
- Même pour la mort du commissaire Lhermand?
- Cela aurait pu être effectivement beaucoup plus difficile. Heureusement, des témoins ont vu sur les lieux du crime, quelques instants après sa mort, des individus que l'on a depuis identifiés comme étant Maxell et ses hommes. Coupables d'autant plus évidents qu'ils ne peuvent plus se défendre. Je sais que votre silence sur ce fait est le plus difficile à tenir, Monsieur Valdes. Mais la mémoire que votre ami laisse dans le souvenir des siens est tout ce qui le garde encore vivant. La vérité lui serait fatale.
- Disons que je préfère pour l’instant donner la priorité aux vivants. Et à ce propos, comme je suis toujours soucieux de la satisfaction du client, j'accorde une certaine attention à l'après-vente. Que comptez-vous faire de Claire et Anna, maintenant que je vous les ai, en quelque sorte, livrées?
- Tout se dénoue, monsieur Valdes. Les raisons que j'avais à les retrouver se sont presque toutes évanouies. Il reste juste la photo du Gongren Ribao, commence-t-il en regardant sa fille pour la première fois depuis qu'il est entré.
- Vous vous êtes donné ce mal pour rien, père, lui lance Anna avec un sourire ironique. Jusquà ce que M. Froncy en parle, j'ignorais qui était l'autre homme de cette photo.
- Mais vous m'aviez dit que.. commence Froncy en direction en Li.
- Silence, Monsieur Froncy. Il y a déjà eu trop de paroles sur cette affaire. Et bien, Anna?
- La voici, fait Anna en décollant la coupure de presse et en la lui donnant. Je suis trop heureuse de me débarrasser de l'unique photo que j'avais de vous, père.
Li, le visage tendu, semble sur le point de se lever.
- Comment avez-vous su qu'elle avait découvert cet article, Li?
Un temps. Anna soutient le regard de son père. Il finit par se retourner vers moi, avec un léger sourire indiquant qu'il a compris la raison réelle de mon intervention.
- Anna l'avait montré à Forgeard, et celui-ci, sans connaître le capitaine Matthieu, avait néanmoins deviné que je ne souhaitais pas que cette photo circule. Il avait obtenu mon consentement à son mariage avec Anna, en échange de la récupération du journal.
- Je vois. Mais vous n'aviez pas l'intention de céder au chantage, n'est-ce pas? Sachant désormais que c'était Forgeard qui cachait Anna, vous avez pu facilement découvrir son adresse. Et vous avez envoyé Lei pour la récupérer. N'ayant pas de nouvelles, vous êtes venu vous-même attendre, le lendemain matin, à la terrasse de l'Atmo O. Où vous avez vu arriver Forgeard, qui venait récupérer le journal.
- Très bien raisonné, Monsieur Valdes. Mais si je tenais tant à retrouver ma fille et sa mère, c'est aussi que je craignais que Forgeard cherchent encore à s'en servir contre moi. Forgeard est mort. C'est un autre noeud qui s'est défait. D'ici deux jours, je repars en Chine. Toute cette agitation a rendu ma présence ici plus difficile. D'autre part, je ne doute pas d'être appelé là-bas à de plus hautes fonctions, ma mission étant assurée de se terminer au mieux: les erreurs qu'il a commises rendront Monsieur Froncy très compréhensif envers nos exigences. Dans cette nouvelle situation, mon ancienne compagne occidentale et sa fille seraient plus encombrantes qu'utiles.
Il se lève.
- Je vous les laisse donc, Monsieur Valdes.
- Que voulez-vous dire, "Vous les lui laissez"? s'écrie Froncy.
- Cela veut dire que nous partons à l'instant, monsieur Froncy. Nous avons un rendez-vous aujourd'hui même avec le capitaine Hansart, pour régler certains détails techniques. Venez, ajoute-t-il en partant vers la porte.
Froncy hésite. il regarde Claire.
- Adieu, Jacques, lui dit-elle sans exprimer aucune émotion.
Un instant interdit, Froncy regarde autour de lui. Li l'attend sur le seuil. Il sort d'un pas furieux.
- Encore une dernière question, Li, fais-je alors que celui-ci s'apprêtait à le suivre. Pourquoi Forgeard et Legrand ont-il réalisé toute cette mise en scène pour me coller le meurtre d'Anna sur le dos?
- Forgeard? Il n'y est pour rien. Quant à Legrand, il a réagi comme on s'attendait à ce qu'il réagisse, en découvrant le corps et la mort de Marklay.
- "On", Monsieur Li? Qui est ce "on"?
Li me répond d'un regard.
- Adieu, Monsieur Valdes. J'ai été honoré de travailler avec vous.
Un long silence succède à son départ. Hélène et le majordome sont sortis derrière Li et Froncy. Il ne reste que nous trois. Je regarde Claire, abasourdi. sans comprendre. Elle a baissé la tête.
Elle finit par la lever. Ses yeux sont humides. Sa voix, si ferme jusqu'alors, est devenue tremblante:
- J'ai eu peur, Roland. Peur qu'il nous retrouve. Qu'il m'enlève ou me tue Annabelle, que je venais enfin de retrouver, après tant d'années. Je savais qu'il finirait par découvrir où je me cachais. J'étais comme une fugitive, prête à jeter n'importe quoi derrière elle pour ralentir l'avance de ses poursuivants. J'ai jeté le corps de Lei, j'ai jeté Marklay. Je t'ai jeté, toi, sans penser aux conséquences. Je ne voulais pas qu'il me reprenne ma fille.
On entend des portes qui claquent, des voitures qui démarrent. Tout est fini. Les rideaux sont à demi fermés dans
l'avenue des Bauriers...
Je vide mon verre d'une traite et le dépose en passant sur la table basse.
Dehors, au pied du grand escalier, Hélène m'attend, debout, appuyée sur la Porsche noire.
- Je vous ramène, Valdes?
Sans rien dire, je monte dans la voiture qui démarre aussitôt. Elle s'arrête un instant, tandis que s'ouvre le portail automatique. Dans le rétroviseur, j'aperçois Anna, à la fenêtre, qui me regarde partir.
FIN
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